1963

Sous peine de nier l'intervention dans l'histoire de la volonté consciente sous la forme élémentaire, et même artisanale, de l'organisation, sous peine de prêcher la renonciation, la résignation, la soumission, de condamner le principe même de la lutte en rejetant les victoires qui ne sont que partielles, les autres ne peuvent que reprendre à leur compte la conclusion de Rosa Luxembourg à sa sévère critique du bolchevisme : "Le problème le plus important du socialisme est précisément la question brûlante du moment : [...] la capacité d'action du prolétariat, la combativité des masses, la volonté de réaliser le socialisme. Sous ce rapport, Lénine et Trotsky et leurs amis ont été les premiers à montrer l'exemple au prolétariat mondial ; ils sont jusqu'ici les seuls qui puissent s'écrier "J'ai osé !". C'est là ce qui est essentiel, ce qui est durable dans la politique des bolcheviks.

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Le parti bolchévique

P. Broué

VII: La crise de 1921, les débuts de la NEP et la montée de l'appareil

Trotsky passe en revue un bataillon de l'armée rouge

Le pays qui a connu la première victoire de la révolution prolétarienne et la construction, du premier Etat ouvrier semble, trois ans plus tard, près de se décomposer. Des régions entières vivent dans un état d'anarchie proche de la barbarie sous la menace de bandes de brigands. Toute la structure économique semble s'être écroulée. L'industrie produit en quantité 20 % de sa production d'avant-guerre, 13 % en valeur. La production de fer représente 1,6 %, celle d'acier 2,4 %. La production de pétrole et de charbon, les secteurs les moins atteints, ne représente que 41 et 27 % de celle d'avant-guerre: dans les autres secteurs, le pourcentage varie entre 0 et 20. L'équipement est atteint : 60 % des locomotives sont hors d'usage, 63 % des voies ferrées inutilisables. La production agricole a baissé en quantité comme en valeur. La surface cultivée est réduite de 16 %. Dans les régions les plus riches, les cultures spécialisées en vue du commerce ou de l'élevage ont disparu et laissé la place à de pauvres cultures de subsistance. Les échanges entre villes et campagnes sont réduits au minimum, de la réquisition au troc entre individus.

Il y a pourtant un marché noir où les prix sont de quarante à cinquante fois supérieurs aux prix légaux. Le niveau de vie des populations urbaines est bien inférieur au strict minimum vital. En 1920, les syndicats estiment que les dépenses absolument nécessaires représentent des sommes deux et demie à trois fois supérieures aux salaIres. Les travailleurs les plus favorisés reçoivent entre 1 200 et 1 900 calories au lieu des 3000 jugées nécessaires par les spécialistes. Aussi les villes, affamées, se vident-elles. A l'automne 1920, la population de quarante capitales de province a décru de 33 % depuis 1917, passant de 6 400 000 a 4 300 000. En trois ans, Pétrograd a perdu 57,5 et Moscou 44,5 % de sa population. Par rapport à l'avant-guerre, l'une a perdu la moitié et l'autre le tiers de ses habitants.

Ainsi, quatre ans après la révolution, la Russie présente-t-elle ce paradoxe d'un Etat ouvrier, fondé sur une révolution prolétarienne, dans lequel on assiste, suivant l'expression de Boukharine, à une véritable « désintégration du prolétariat ». Alors qu'il y avait trois millions d'ouvriers d'industrie en 1919, il n'y en a plus que 1 500 000 en 1920, 1 250 000 en 1921. Encore la plupart ne sont-ils pas vraiment employés : l'absentéisme « normal » dans les entreprises est de 50 %, l'ouvrier touche un salaire qui est presque une allocation de chômage et les syndicats estiment que la moitié des objets fabriqués dans certaines entreprises sont immédiatement revendus par ceux qui les ont produits : il en est de même, et c'est plus grave, pour les outils, le charbon, les clous, l'équipement.

Réduite en nombre, la classe ouvrière a peut-être encore plus profondément changé en profondeur. Son avant-garde, les militants de l'époque clandestine, les combattants de la révolution, les organisateurs de soviets, la génération des cadres expérimentés comme celle des jeunes enthousiastes, a quitté les usines, en masse, dès le début de la guerre civile : les ouvriers révolutionnaires sont à des postes de commandement dans l'armée rouge, dans l'appareil d'Etat, sur tous les fronts à travers l'immense pays. De ceux qui sont restés, les plus actifs forment les cadres syndicaux, les plus capables ont recherché, dans la misère générale, la solution individuelle qui leur permettrait de survivre, eux et les leurs : par centaines de milliers, les prolétaires des villes ont rejoint la campagne, avec laquelle les liens étaient toujours restés vivaces. Il n'y a plus d'avant-garde, ni même de prolétariat au sens marxiste du terme, mais une masse d'ouvriers déclassés, un sous-prolétariat misérable et demi-oisif. La régression est si profonde, la chute dans la barbarie si réelle que l'année 1921 verra la réapparition de la famine qui, suivant les informations officielles, affectera 36 millions de paysans; on enregistrera même des cas de cannibalisme.

La crise de 1921 : Cronstadt.

L'explosion se produit au début de 1921. La crise, à vrai dire, couvait depuis la fin de la guerre civile. S'il est vrai qu'entre deux maux, l'armée blanche et l'armée rouge, les paysans avaient choisi le moindre avec la seconde, les réquisitions leur deviennent d'autant plus intolérables après la défaite des Blancs qu'ils n'ont plus à craindre une restauration qui leur reprendrait les terres. Aussi le mécontentement paysan ne cesse-t-il de croître à partir de septembre 1920 : il y a des soulèvements en Sibérie pendant l'hiver et le ravitaillement des villes est menacé. C'est à l'appui des paysans d'Ukraine que Makhno doit de pouvoir tenir, en armes, avec ses hommes. La crise, de la campagne, se propage à la ville. A Pétrograd, pendant de longues semaines, le salaire de l'ouvrier se réduit à une demi-livre de pain par jour : grèves et manifestations se multiplient en février.

C'est cette agitation qui sera la toile de fond de l'insurrection de Cronstadt. La discussion sur les syndicats, la campagne de Zinoviev pour la « démocratie ouvrière », jettent de l'huile sur le feu. Tentant d'exploiter le mécontentement des marins contre la centralisation qu'imposent les commissaires politiques, le comité du parti de Pétrograd réclame la direction politique de la flotte : Zinoviev sert de caution à ceux qui dénoncent la « dictature des commissaires » . Or, c'est sur un terrain favorable que germent, à Cronstadt, tous ces éléments d'agitation.

La base navale avait été en 1917 le bastion des marins révolutionnaires. Elle ne l'est plus. L'avant-garde, ici aussi, a été aspirée par les tâches nouvelles. Les dirigeants de 1917 ne sont plus là. Rochal, le bolchevik, a été égorgé par les Blancs en Roumanie, l'anarchiste Iartchouk est en prison, Markine a été tué sur la Volga, Raskolnikov, Dingelstedt, Pankratov, sont dispersés dans tout le pays, commissaires ou chefs militaires, commandants de tchékas. Il y a, parmi les marins, décapités de leurs têtes politiques, beaucoup de nouvelles recrues. Il leur reste pourtant une tradition, un prestige, une force. Sans doute sont-ils travaillés par les courants politiques d'opposition. L'influence des mencheviks, sensible dans les usines de Pétrograd, ne l'est pas dans la flotte. En revanche, anarchistes et socialistes-révolutionnaires ont sans doute accru une audience qui n'avait jamais complètement disparu, et qui se traduira au moins dans les mots d'ordre des insurgés. Il est cependant impossible d'attribuer à quelque groupe que ce soit, ni même à une initiative délibérée, les premières manifestations de l'opposition politique des marins, directement nées de l'agitation des ouvriers en février.

Les 24, 25 et 26 février, les usines de Pétrograd se mettent en grève les unes après les autres; des assemblées de grévistes réclament la fin des réquisitions, l'amélioration du ravitaillement, la suppression des armées du travail qui est l'un des mots d'ordre des mencheviks. Des orateurs y demandent fréquemment la réduction des pouvoirs de la Tchéka. Le 24, le soviet constitue un comité de défense de trois membres, dirigé par Lachévitch, qui proclame l'état de siège, donne les pleins pouvoirs, dans chaque usine à d'autres comités de trois, les troïki, et fait appel, pour le maintien de l'ordre dans les rues, aux élèves-officiers. Des délégués des marins de Cronstadt ont participé à toutes les réunions des principales usines et vont en rendre compte à leurs camarades de la citadelle. C'est probablement une réunion de ce genre qui se tient à bord du cuirassé Pétropavlovsk, le 28 février, en présence des commissaires de la flotte. Elle adopte une résolution en quinze points, réclamant la réélection des soviets au scrutin secret après une campagne électorale libre, la liberté de presse et de réunion pour les anarchistes et les partis socialistes, les syndicats ouvriers et paysans, une réunion, le 10 mars au plus tard, d'une conférence sans parti des ouvriers soldats et marins de Pétrograd, Cronstadt et de la région, la libération de tous les prisonniers politiques de partis socialistes et des personnes arrêtées pour avoir participé à des mouvements ouvriers ou paysans, l'élection d'une commission chargée de revoir les dossiers de tous les détenus, l'abolition des sections politiques d'éducation et d'agitation, l'égalisation des rations alimentaires de tous les travailleurs, l'abolition des détachements chargés de perquisitionner et de réquisitionner les grains, ainsi que de toutes les unités communistes, le droit pour les paysans de disposer de leur terre et de jouir de leur bétail, la liberté de production pour les artisans n'employant pas de salariés [1]. Rien ne permet, à cette date, de considérer ce programme comme insurrectionnel. Le comité de défense de Pétrograd, en tout cas, ne le fait pas, qui envoie à Cronstadt deux orateurs, le président de l'exécutif, Kalinine, qui a déjà su apaiser plusieurs grèves à Pétrograd, et le commissaire de la flotte, Kouzmine.

Le 1° mars, les deux dirigeants s'adressent, place de l'Ancre, à quelque 6 000 marins, soldats et paysans, sous la présidence du communiste Vassiliev, dirigeant du soviet de Cronstadt. Ils sont fréquemment interrompus et ne réussissent pas à convaincre l'assemblée qui, à une écrasante majorité, adopte la résolution du Pétropavlovsk puis décide, à l'unanimité, de réunir une conférence de délégués chargée de préparer de nouvelles élections au soviet [2].

C'est à cette conférence du lendemain qu'éclatent les premiers incidents sérieux : Kouzmine, ayant proclamé la volonté du parti communiste de ne pas se laisser chasser du pouvoir au moment du danger, est accusé d'avoir menacé les Cronstadtiens. Son arrestation et celle de Vassiliev sont décidées par acclamation. Le bruit s'étant répandu que les communistes de l'école du parti marchent sur la salle de réunion, la conférence se termine dans la confusion après avoir désigné par acclamation un comité de cinq membres qui, élargi peu après, par la cooptation des dix nouveaux venus, sera le Comité provisoire révolutionnaire, présidé par le marin Pétrichenko. La rébellion, désormais, est ouverte contre ceux que les Cronstadtiens appellent « les usurpateurs communistes » et la « commissarocratie » : elle entraîne derrière elle, semble-t-il, la majorité des communistes de Cronstadt [3].

Pour le gouvernement bolchevique, la situation est extrêmement grave. Bien qu'aucun dirigeant ne semble avoir vraiment cru à l'influence des gardes-blancs dans le début de l'affaire, la propagande décrit immédiatement le mouvement comme inspiré par des officiers blancs et dirigé par l'un d'entre eux, le général Kozlovski. Ce dernier, ancien officier de l'armée tsariste servant dans l'armée rouge est, à Cronstadt, le chef de l'artillerie: il siégera au comité de défense de la ville après le 4 mars, mais ne semble avoir été en rien un inspirateur du mouvement. Pourtant, l'expérience de la guerre civile et montré que les soulèvements populaires spontanés contre le régime soviétique ont toujours fini, malgré le caractère démocratique de leurs revendications initiales, par tomber aux mains des réactionnaires et des monarchistes. Dès le 3 mars, des délégués de Cronstadt essaient de prendre pied à Oranienbaum et de gagner à leur cause la 5° escadrille aérienne : s'ils avaient réussi, Pétrograd serait tombée en quelques heures [4]. Le secrétaire du parti de Pétrograd, Serge Zorine, découvre les préparatifs d'un chef de régiment, prêt à passer aux Cronstadliens, et qui déclarera, avant d'être fusillé : « J'attendais cette heure depuis des années. Je vous hais, assassins de la Russie » [5]. Malgré les appels des insurgés à une « troisième révolution », qui les dressent évidemment contre les partisans de la Constituante, les émigrés blancs multiplient les avances et les offres de service, qui seront d'ailleurs repoussées. Pétrichenko refuse de recevoir Tchernov jusqu'à ce que la situation soit clarifiée [6]. Milioukov, le chef cadet, écrit que les insurgés ont trouvé la voie juste pour abattre le régime en lançant - ce qui n'est pas vrai - le mot d'ordre des « soviets sans communistes ».

Lénine assure : « Ils ne veulent pas des gardes-blancs, mais ne veulent pas non plus de notre régime » [7]. Il semble qu'il redoute surtout que les marins ne jouent le rôle du cheval de Troie. Cronstadt est une position stratégique vitale, elle dispose d'une artillerie lourde importante. L'île est bloquée par les glaces, mais si l'insurrection se prolonge, après la fonte, elle peut constituer une tête de pont pour une intervention étrangère, aux portes de Pétrograd. Ce sont les insurgés qui prennent les premières initiatives militaires, les 2 et 3 mars. Le gouvernement semble avoir d'abord songé à négocier, mais se résout à employer la force après quelques jours de guerre de propagande, par tracts et radio.

Les nouvelles du pays n'ont rien de rassurant : Victor Serge dit que l'on compte plus de cinquante foyers d'insurrections paysannes. Le socialiste révolutionnaire Antonov a rassemblé dans la région de Tambov une armée paysanne de 50 000 hommes, que l'on mettra des mois à réduire. Makhno tient toujours en Ukraine. Tous ces mouvements pouvaient se répandre avec une rapidité foudroyante, si Cronstadt tenait pendant un certain temps : ici ou là, comme à Saratov, des paysans attaquent les villes pour y massacrer les communistes. Pour les bolcheviks, la Terreur blanche se profile à l'horizon, et l'ennemi peut profiter du mécontentement populaire pour reprendre pied en Russie. Ils se décident donc à trancher dans le vif.

Au X° Congrès, Lénine affirme : « Nous avons là une manifestation petite-bourgeoise démocratique, réclamant le commerce libre et protestant contre la dictature du prolétariat. Mais les éléments sans parti ont servi de marchepied, d'échelon, de passerelle aux gardes-blancs » [8]. C'est sur la « conjuration contre-révolutionnaire monarchiste du commandant de l'artillerie Kozlovski, « non aperçue des matelots » comme l'écrit Radek, que les proclamations des bolcheviks mettent l'accent »[9]. Le 5 mars, en tant que chef de l'armée rouge, Trotsky somme les mutins de se rendre sans conditions. Ils refusent. Toukhatchevski prépare l'assaut avec des troupes d'élite : tchékistes et élèves-officiers de l'armée rouge. Les opérations sont rondement menées, car le temps presse du fait du dégel qui isolerait la forteresse de la terre ferme. Elles seront coûteuses en vies humaines; car les assaillants s'engagent sur la glace sous le feu des canons de Cronstadt. Commencées le 7 mars, elles s'achèvent le 17. Un certain nombre de dirigeants insurgés s'échappent, dont Pétrichenko qui se réfugiera à l'étranger, mais la répression est sévère. On fusille des Cronstadtiens dans les rues et d'autres encore le seront, nous dit Serge, des mois après, des centaines, « par petits paquets » [10].

L'insurrection est liquidée. Le Thermidor que Lénine redoutait avait eu lieu, mais les bolcheviks avaient vaincu les thermidoriens. Les traces, pourtant, restent profondes. Le programme des insurgés charriait bien des échos du programme de la révolution de 1917, dont Cronstadt avait été le fer de lance, et les revendications qui l'accompagnaient correspondaient aux aspirations de nombre d'ouvriers et de paysans, las de subir des sacrifices, fatigués, harassés et affamés. « Nous avons été trop loin », dira encore Lénine. Le parti, pourtant, a suivi : les militants délégués au X° Congrès, y compris ceux de l'opposition ouvrière, ont servi dans l'attaque et la répression. Loutovinov, lieutenant de Chliapnikov, qui se trouvait à Berlin, a catégoriquement condamné l'insurrection et approuvé l'assaut donné par l'armée rouge. Pourtant, il est clair que de nouveaux rapports se sont créés entre le parti et les travailleurs : « Devons-nous céder à des travailleurs à bout de forces physiques et de patience, moins éclairés que nous sur leurs propres intérêts généraux ? », se demandait Radek quelques jours auparavant devant les élèves de l'Académie militaire de l'armée rouge. Il concluait : « Le parti estime qu'il ne peut pas céder, qu'il doit imposer sa volonté de vaincre aux travailleurs fatigués, disposés à lâcher pied [11]. Pour la première fois, au nom de « sa plus grande conscience » , le parti qui jusque-là les dirigeait en sachant les convaincre, avait combattu, les armes à la main, des travailleurs qui s'étaient librement exprimés dans un sens réactionnaire à ses yeux. L'accord lyrique de 1917 appartenait au passé.

Avec l'insurrection et la répression de Cronstadt se terminait aussi le rêve de Mühsam et d'autres, l'unification des révolutionnaires marxistes et libertaires. Après l'échec de la médiation des anarchistes américains Emma Goldmann et Alexandre Berkman, Cronstadt sera le symbole de l'hostilité désormais irréductible entre ces deux courants du mouvement ouvrier.

La Nep.

Ce n'est sans doute pas par hasard que la révolte de Cronstadt coïncide avec l'adoption au X° Congrès du parti d'un tournant radical en matière de politique économique connu sous le nom de Nouvelle politique économique, familièrement appelée Nep. Contrairement à de superficielles affirmations fréquemment répétées, ce n'est pas Cronstadt qui a provoqué l'adoption de la Nep, mais les mêmes difficultés sont à l'origine des troubles et du tournant. Les racines des événements de mars 1921 se situent à la fois dans les conséquences de la guerre civile et la fin des combats. Tout au plus peut-on estimer que le tournant de la Nep a été pris trop tard et que l'insurrection de Cronstadt a été la sanction de ce délai inutile : la plupart des revendications économiques des mutins figuraient dans le projet préparé par le comité central communiste au cours des premiers mois de 1921 comme mesures inévitables dans la nouvelle situation.

La Nep est caractérisée par la suppression des mesures de réquisition, remplacées par un impôt progressif en nature, le rétablissement de la liberté du commerce et la réapparition d'un marché, le retour à l'économie monétaire, la tolérance d'une industrie privée moyenne et petite, et l'appel, sous contrôle d'Etat, à des investissements étrangers. Effort pour sortir du cercle vicieux du communisme de guerre, elle constitue en quelque sorte son renversement, puisqu'au lieu de partir de la nécessité de tirer des campagnes de quoi nourrir les villes, elle part de celle d'encourager le paysan à fournir les produits de son travail, pour déboucher sur une politique de productivité industrielle nécessaire au soutien du marché. Les historiens se sont plu à souligner les deux tendances contradictoires des explications données par les dirigeants communistes qui font de la Nep tantôt une retraite temporaire et tantôt la reprise, après un détour imposé par la guerre, de la politique économique ébauchée en 1917. C'est qu'elle avait le double objectif de rallier les masses paysannes et de développer, avec l'industrie, les bases économiques et sociales du nouveau régime. Elle était imposée par l'échec de la révolution européenne. Lénine, au X° Congrès, l'explique: « Une révolution socialiste, dans un pays comme le nôtre, peut finalement l'emporter, mais à deux conditions. D'abord, si elle est soutenue au bon moment par une révolution socialiste dans un ou plusieurs pays avancés. […] Nous avons fait beaucoup pour réaliser cette condition. […] Mais nous sommes encore loin de sa réalisation. L'autre [...] est un compromis entre le prolétariat qui exerce sa dictature qui tient entre ses mains le pouvoir d'Etat, et la majorité de la population paysanne) [12].

C'est en effet l'isolement de la révolution russe qui conduit les dirigeants bolcheviques à promouvoir la Nep, non l'adoption de la Nep qui les détourne de l'objectif de la révolution européenne. Car mars 1921 est, non seulement le mois de Cronstadt et celui du X° Congrès, mais aussi celui de l'échec de la grève insurrectionnelle en Allemagne. Hâtivement préparée, pauvrement organisée, imposée au comité central du parti allemand par le Hongrois Béla Kun, émissaire de Zinoviev, utilisé peut-être dans l'espoir qu'un succès révolutionnaire ferait l'économie du tournant de la Nep, elle est la démonstration qu'il faut abandonner et la tactique de l'offensive et les perspectives révolutionnaires à court terme. Le capitalisme européen a réussi à se stabiliser et les communistes doivent ajuster leur tactique à cette situation. Lénine et Trotsky, presque seuls d'abord contre une majorité hostile, réussissent finalement à en convaincre les délégués du III° Congrès de l'Internationale. Le rapport de Trotsky conclut : « L'histoire a accordé à la bourgeoisie un délai durant lequel elle pourra souffler. […] . Le triomphe du prolétariat au lendemain de la guerre avait été une possibilité historique : elle ne s'est pas réalisée. [...] Nous devons mettre à profit cette période de stabilisation relative pour étendre notre influence dans la classe ouvrière, en gagner la majorité avant que surgissent des événements décisifs » [13]. Les partis communistes, avant de prendre le pouvoir, doivent « conquérir les masses » : c'est à cette tâche que les appelle l'Internationale communiste à partir de 1921.

Le monopole du parti.

Libéralisation dans le domaine économique, le tournant de la Nep est une étape importante dans la voie du monopole politique du parti bolchevique. Justifiée tant bien que mal jusqu'alors par les nécessités de la lutte militaire, la dictature se maintient et se renforce au nom d'autres périls. La fin du communisme de guerre, le relâchement des contraintes redonnent en effet vigueur à des forces sociales jusque-là comprimées et même supprimées; la paysannerie aisée des koulaks, la nouvelle bourgeoisie des nepmen, enrichis par la reprise des affaires, spécialistes et techniciens bourgeois employés dans l'industrie.

Les dirigeants bolcheviques sont hantés par la crainte de voir ces forces reedoutables se coaliser contre le régime. Le parti est las. Zinoviev le déclare sans ambages : « Beaucoup de militants sont mortellement fatigués : on exige d’eux une extrême tension d’esprit; leur famille vit dans des conditions pénibles; le parti et le hasard les transfèrent ici ou là. Il en résulte forcément une usure physiologique » [14]. Les archives de Smolensk révèlent qu'à cette date le parti y compte 17 % de tuberculeux [15]. Des dizaines de milliers des meilleurs militants sont morts : la fin de la guerre civile provoque en revanche l'afflux des arrivistes et les ambitieux, tous ceux pour qui la carte est une assurance sociale. Sa force, en 1917, lui venait de sa vieille garde, aujourd'hui décimée et usée, et de ses liens avec une classe ouvrière ardente et combative, généreuse et enthousiaste. Il n y plus de véritable prolétariat révolutionnaire et les prolétaires qui restent se détournent du parti et de ses perspectives historiques pour se cramponner à la recherche d'un salut individuel problématique. Comment les bolcheviks pourraient-ils accepter la libre confrontation des idées et la libre compétition dans les élections aux soviets quand ils savent que les neuf dixièmes de la population leur sont hostiles, quand ils pensent que leur renversement amènerait dans un chaos sanglant, une chute plus profonde encore dans la barbarie et le retour au règne réactionnaire de pogromistes ?

Jamais sans doute depuis 1917 les mencheviks n'avaient eu une telle influence dans les usines et les syndicats. Pour la première fois, Ils représentent, de même que les anarchistes, une force réelle parmi les ouvriers. Aussi les promesses de légalisation ne seront-elles pas tenues : les organisations concurrentes du parti sont interdites de fait sinon de droit. Le journal socialiste-révolutionnaire de gauche disparaît en mal 1921 : Stemberg réussit à s'enfuir mais Kakov, Karéline disparaissent dans les prisons, comme Spiridonova en octobre 1920. Il y avait encore de nombreux anarchistes en liberté pour assister en février 1921 à l'enterrement de Kropotkine, mais, après Cronstadt, ils sont arrêtés en masse. Makhno réussit à s'échapper en Roumanie, Voline, après une grève de la faim, est autorisé à partir à l'étranger. Malgré les promesses de Kamenev, le vieil Aaron Baron reste en prison, tandis que sa femme est fusillée à Odessa. A l'automne de 1920, Martov reçoit un passeport pour l'Allemagne et y restera. Dan, arrêté après Cronstadt, sera autorisé à émigrer ensuite. A partir de février 1921, c'est en Allemagne que paraît la revue menchevique Sotsialistitchesky Vestnik (Courrier socialiste) qui sera encore pendant plusieurs années diffusée presque librement en Russie.

De nombreux anciens opposants se tournent vers les bolcheviks : ils trouvent parfois un accueil chaleureux : Semenov, après Blumkine, rejoint les services secrets où cet ancien terroriste a sa place. Les mencheviks Martynov, ancien « Economiste » , Maiski, Vychinski, Troianovski se rallient. Le parti devient, du fait de son monopole politique, le seul organisme où puissent s'exprimer les pressions divergentes des classes et les désaccords politiques.

Le X° Congrès.

Ces conditions nouvelles pèsent sur le parti qui doit faire face à deux sortes d'impératifs contradictoires. D'une part, il ne peut, sans perdre son caractère de parti communiste, admettre de devenir le champ clos de forces sociales opposées, comme l'impliquerait sa position de parti unique. Parti au pouvoir, il ne peut non plus, sans tourner le dos à ses objectifs mêmes, continuer à diriger le pays sans démocratie interne, à la façon d'un détachement militaire. Contraint de filtrer soigneusement les adhésions, il doit pourtant prendre garde à ne pas s'isoler et se replier en une sorte de franc-maçonnerie d'anciens, coupée des jeunes générations qui, depuis plusieurs années, grandissent sous le nouveau régime. C'est parce qu'il se trouve aux prises avec des nécessités contradictoires que le parti a adopté des solutions qui ne sont apparues qu'ultérieurement comme contradictoires et même antinomiques, alors que la presque totalité des dirigeants et des militants les ont considérées comme complémentaires. Cela explique que le X° Congrès, qui fut avant tout pour les contemporains celui de la démocratie ouvrière à retrouver, devint dans les années suivantes celui qui, par le biais de l'interdiction des fractions, annonçait et préparait le monolithisme.

Il est peu probable que l'influence de Zinoviev au X° Congrès soit due aux efforts qu'il avait déployés antérieurement dans sa campagne pour la restauration de la démocratie ouvrière. Il jouissait généralement, au contraire, d'une solide réputation d'homme à poigne, jamais embarrassé précisément, de scrupules démocratiques, et divers auteurs racontent qu'une des recettes pour obtenir un succès d'hilarité devant un auditoire ouvrier consistait à l'époque en un choix de bonnes citations de Zinoviev sur la démocratie. Mais il est significatif qu'un tel homme ait justement choisi ce cheval de bataille. Les incidents autour du Tsektran le déroulement de la discussion sur les syndicats avaient amplement démontré que nombreux étaient les militants et les responsables qui pensaient avec Préobrajenski que « l'extension des possibilités de critique était précisément l'une des conquêtes de la révolution » [16]. C'est dans cette perspective que Trotsky avait également demandé que soit engagé un « débat libre » au sein du parti sur la question syndicale.

Le X° Congrès se réunit le 8 mars. Le canon grondait à Cronstadt. Plus de deux cents délégués quitteront la salle pour aller participer à l'assaut. Rien d'étonnant que, dans ces conditions, la deuxième journée ait été marquée par un très sérieux avertissement de Lénine. Parlant de l'opposition ouvrière, il déclare : « Une déviation légèrement syndicaliste ou demi-anarchiste n'aurait pas été très grave, car le parti l'aurait reconnue à temps et se serait employé à la réduire. Mais quand cette déviation se produit dans le cadre d'une écrasante prépondérance paysanne dans le pays, quand le mécontentement de la paysannerie contre la dictature prolétarienne est en train de grandir, quand la crise de l'agriculture paysanne atteint la limite, quand la démobilisation de l'armée paysanne est en train de jeter des centaines et des milliers d'hommes brisés qui ne peuvent trouver de travail, ne connaissent d'autre activité que la guerre et alimentent le banditisme, le temps n'est plus à la discussion sur des déviations théoriques. Nous devons dire nettement au congrès : nous ne permettrons plus de discussions sur des déviations, il faut les arrêter. […] L'atmosphère de controverses est en train de devenir extrêmement dangereuse, elle est en train de devenir une véritable menace pour la dictature du prolétariat » [17]. Plus qu'aucun autre, Lénine semble avoir compris le caractère périlleux de la situation : cherchant à justifier la condamnation de l'opposition ouvrière, il emploie des arguments où transparaît une appréciation extrêmement pessimiste : « Si nous périssons, il est de la plus grande importance de préserver notre ligne idéologique et de donner une leçon à nos successeurs: Nous ne devons jamais l'oublier, même dans des circonstances désespérées » [18].

Pourtant, le danger provient aussi, incontestablement, du régime militaire du parti. Boukharine, au nom du comité central, présente le rapport sur la démocratie ouvrière [19]. Il commence par rappeler que l'une des contradictions du communisme de guerre, par l'introduction dans l'organisation d'une « militarisation » et un « centralisme extrême » absolument nécessaires, a été d'avoir abouti « à créer un pareil hautement centralisé sur la base d'un niveau culturel très arriéré des masses » . Un tel régime n'est plus ni souhaitable, ni applicable. « Il faut, déclare-t-il, tendre nos forces dans le sens de la démocratie ouvrière et la réaliser avec la même énergie qu'on avait déployée dans la période précédente à militariser le parti. [...] On doit comprendre démocratie ouvrière à l'intérieur du parti une forme d'organisation qui assure à tous les membres une participation active à la vie du parti, aux discussions sur toutes questions qui s'y posent et à leur solution, ainsi qu'une participation active à la construction du parti » . Sur l'épineuse question des nominations, il est catégorique : « La démocratie ouvrière rend impossible le système de la nomination, et se caractérise par l'éligibilité de tous les organismes du haut en bas, par leur responsabilité et le contrôle qui leur est imposé ». Les méthodes de travail dans démocratie ouvrière doivent consister en de « larges discussions sur toutes les questions importantes, la liberté absolue de critique à l'intérieur du parti, l’élaboration collective des décisions du parti. »

La solution qu'il propose rappelle la définition du centralisme démocratique donnée par les statuts de 1919 : « Les décisions des organismes dirigeants doivent être appliquées rapidement et exactement. En même temps, la discussion dans le parti de toutes les questions controversées de la vie parti est entièrement libre jusqu'à ce qu'une décision soit prise » . Elle en précise l'esprit, dans le cadre de la démocratie ouvrière, par la recherche d' « un contrôle constant de l'opinion publique du parti sur le travail de ses organismes dirigeants et une constante interaction dans la pratique entre ces derniers et l'ensemble du parti, en même temps que l'approfondissement de la stricte responsabilité des comités appropriés du parti, à l'égard, non seulement des organismes supérieurs, mais aussi des organismes inférieurs ». Le texte ainsi présenté par Boukharine réunit l’unanimité des congressistes, car il répond au fond à une aspiration générale, exprimée aussi bien par le rapporteur et ses amis que par Zinoviev et les siens et par Chliapnikov et les autres opposants.

Résolution principielle, elle porte aussi la marque de l'actualité. C'est au nom de la démocratie ouvrière que l'accès du parti doit être défendu aux arrivistes, aux intrigants et aux ennemis de classe : un stage d'une année, pendant lequel ils n'auront pas le droit de vote, sera désormais imposé aux candidats qui ne sont pas d'origine ouvrière. Reprenant un vĹ“u du VIII° Congrès et montrant que les dirigeants bolcheviques sont conscients du danger de dégénérescence qu'impliquent la perpétuation des permanents et la différenciation fonctionnelle entre ouvriers et gouvernants d'ouvriers, elle prévoit l'exécution systématique de la décision suivant laquelle « les ouvriers qui s'ont restés longtemps au service des soviets ou du parti doivent être employés dans l'industrie ou l'agriculture, dans les conditions de vie des autres ouvriers » [20]. Ainsi le parti montre-t-il sa détermination de demeurer, tout parti dirigeant qu'il soit, un parti ouvrier.

Il importait aussi, pourtant, aux yeux des dirigeants bolcheviques, de fixer, en fonction des dangers immédiats, les limites de cette démocratie qu'ils étaient unanimes à réclamer. Le 11, Boukharine annonce son intention de déposer une motion sur « l'unité du parti » , évidemment dirigée contre les tenants de l'opposition ouvrière. Finalement, c'est Lénine qui se chargera de présenter, le 16 mars, dernier jour du congrès, deux motions particulières. L'une condamne comme une déviation anarcho-syndicaliste le programme de l'opposition ouvrière, dont elle déclare les opinions sur le rôle des syndicats dans la direction de l'industrie « incompatibles avec l'appartenance au parti » . L'autre attire l'attention sur ce qu'e1le appelle « des indices de fractionnisme », « l'apparition de groupes avec leurs programmes propres et une tendance à se replier sur eux-mêmes jusqu'à un certain point et à créer leur propre discipline de groupe » . Or, une telle situation affaiblit le parti, encourage ses ennemis : elle rappelle aux militants que « quiconque émet une critique » doit « tenir compte, quant à la forme, de la situation du parti entouré d'ennemis » [21]. Là encore, le groupe de Chliapnikov et Kollontaï est visé d'autant plus clairement que la résolution ordonne, sous peine d'exclusion, la dissolution immédiate des groupes constitués autour de plates-formes particulières. L'article 4 précise que toutes les discussions sur la politique du parti, qu'il est interdit de mener en « fractions », ont en revanche leur place dans les réunions d'organismes réguliers du parti et précise : « A cette fin, le congrès décide de publier un bulletin de discussion périodique et des périodiques spéciaux » . L'article 7 prévoit que, pour l'application de cette résolution, le comité central recevra le pouvoir d'exclusion, y compris d'un de ses membres, pourvu que la décision soit prise à une majorité des deux tiers; il ne sera pas publié.

Cette résolution devait être la clef de voûte de la transformation ultérieure du parti et de la disparition de la démocratie ouvrière à laquelle elle se proposait seulement de fixer un cadre. Vingt-cinq délégués seulement ont voté contre elle. Quelques-uns ont fait des réserves, notamment Karl Radek, qui s'est inquiété du pouvoir d'exclusion confié au comité central mais l'a votée cependant, eu égard aux menaces contre le régime : « En votant pour cette résolution j'estime qu'elle peut fort bien servir contre nous et pourtant je l'appuie. [ ... ] Qu'au moment du danger, le comité central prenne les mesures les plus sévères contre les meilleurs camarades. [ ... ] Que même il se trompe ! C'est moins dangereux que le flottement qu'on peut observer en ce moment »[22]. L'attitude de Lénine peut d’ailleurs sembler rassurante : on sait qu'il propose une mesure de circonstance, justifiée par la gravité de la situation, on sait qu'il pense « que l'action fractionnelle la plus vigoureuse se justifie [ ... ] si les désaccords sont réellement très profonds et si le redressement de la politique erronée du parti ou de la classe ouvrière ne peut être obtenu autrement » [23]. Et lorsque Riazanov propose d'adopter un amendement interdisant à l’avenir l’élection du comité central sur la base de listes de candidats partisans de plates-formes différentes, Lénine le combat vigoureusement : « Nous ne pouvons priver le parti et les membres du comite central du droit de se tourner vers le parti si une question essentielle soulève des désaccords. [ ... ] Nous n'avons pas le pouvoir de supprimer cela » [24].

Avant de voter ces deux résolutions, le congrès avait déjà désigné le comité central, précisément sur la base des plates-formes présentées aux votes des militants lors du débat sur la question syndicale. L’initiative de cette mesure était venue de Pétrograd, le 3 janvier, inspirée évidemment par Zinoviev,qui y avait vu un moyen commode d'éliminer certains de ses antagonistes et notamment les trois secrétaires qui avaient voté pour la plate-forme de Trotsky-Boukharine. Trotsky avait protesté contre ce qui, à son sens dénaturait l'intérêt du « débat libre » engagé, contraignait tous les candidats et tous les participants à la discussion à s'engager et, en fait, à former des groupes sur un point particulier. Mais au comité central du 12 janvier, Il avait été battu par 8 voix contre 7. Aussi la composition du comité central reflète-t-elle d'importants changements. Il ne comprend que quatre partisans des thèses de Trotsky et Boukharine, Krestinski, Préobrajenski, Sérébriakov, les trois secrétaires, ne sont pas réélus : Ils paient ainsi, vraisemblablement, le libéralisme dont Ils ont fait preuve à l'égard de l'opposition ouvrière aujourd'hui condamnée, et leur fermeté contre les attaques demagogiques de Zinoviev. Andreiev, Ivan N. Smirnov, signataires de la plate-forme Trotsky-Boukharine; disparaissent aussi. Tous sont de vieux militants, piliers du comité central pendant la guerre civile, connus aussi pour leur indépendance d'esprit. Ceux qui les remplacent sont de vieux-bolcheviks également ; le fait qu'ils aient presque tous eu dans le passé, des heurt avec Trotsky et qu'ils soient liés à Staline n'a à cette époque, guère de signification : Molotov, Iaroslavski, Ordjonikidzé, Frounzé, Vorochilov deviennent titulaires, Kirov et Kouibychev suppleants. Zinoviev prend au bureau politique la place de Boukharine, qui devient troisième suppléant. Molotov est élu « secrétaire responsable » du comité central, et sera assisté dans sa tâche nouvelle par Iaroslavski et Mikhailov. Malgré leurs protestations et sur l'insistance de Lénine, Chliapnikov et Koutouzov, de l'opposition ouvrière, sont élus.

La montée de l'appareil après le X° Congrès.

Les lendemains du X° Congrès, dans la période de crise marquée par les débuts laborieux de la Nep, n'ont pas vu se traduire dans les faits la résolution sur la démocratie ouvrière : le nouveau secrétariat à poigne plus ferme que l'ancien. Le Tsektran - ô paradoxe - est rétabli dans ses prérogatives et le secrétariat crée une section spéciale pour la « direction et le contrôle des transports ». Une conférence de la fraction du congrès des syndicats avait voté, le 17 mai, une résolution précisant que le parti « devait faire un effort spécial pour appliquer les méthodes normales de la démocratie prolétarienne, particulièrement dans les syndicats, où le choix des dirigeants doit être laissé aux masses syndiquées elles-mêmes » [25]. Riazanov, auteur de la proposition, se voit interdire toute fonction syndicale et Tomski, qui a laissé faire, est relevé de ses fonctions au conseil central des syndicats sur proposition d’une commission spéciale présidée par Staline. La majorité des cercles d'études qui se fondent au cours de l'année sont dissous presque aussitôt sous des prétextes divers. Les réactions, même dans les organismes dirigeants, sont vives. Sosnovski, dans la Pravda, critique vigoureusement la façon dont l'appareil s'efforce de supprimer les divergences : « Quand les meilleurs éléments d’une organisation s'aperçoivent que les filous ne sont pas inquiètes, tandis que les camarades qui les ont combattus sont déplacés de Vologda à Kertch ou vice-versa, c'est alors que commencent à se répandre, parmi les meilleurs, ces sentiments de désespoir et d'apathie, ou encore de colère, qui constituent la base matérielle de tous les groupements « idéologiques » d'opposition possibles. [...] C'est seulement lorsqu'un tel groupement apparaît qu'au centre on commence à s'intéresser à la question. » Affirmant que le militant communiste est celui qui apporte à sa tâche « la fécondité de l'esprit de création et sait, par son exemple, enflammer les masses », il constate que ce type de militant est aujourd'hui mal vu des cadres du parti du fait de « son respect insuffisant pour les paperasseries bureaucratiques ». Il accuse : « En transposant mécaniquement et superficiellement la « liquidation des intrigues » , nous avons étouffé le véritable esprit communiste et seulement éduqué des « hommes-qui-ont-la-carte-du-parti » [26].

La réaction de ce vieux-bolchevik dans l'organe central du parti montre que la tradition démocratique reste vigoureuse. Quand l'ouvrier Miasnikov, bolchevik depuis 1906, réclame publiquement la liberté de la presse pour tous, monarchistes compris, Lénine tente de le convaincre dans une correspondance privée. Miasnikov ne sera exclu qu'après des actes répétés d'indiscipline, et encore sous réserve de réintégration au bout d'une année s'il respecte la discipline du parti. En août, Chliapnikov ayant critiqué dans une cellule, en termes jugés inadmissibles, un décret du présidium de l'économie nationale, le comité central refuse à Lénine les deux tiers de voix nécessaires à l'exclusion qu'il réclame en application de l'article 7.

L'opposition ouvrière, ayant fait appel des décisions du parti à l'Internationale dans une lettre connue sous le nom de « déclaration des 22 » , est accusée d'indiscipline grave. Une commission formée de Dzerjinski, Staline et Zinoviev demandera l'exclusion de Chliapnikov, Medvédiev et Kollontaï au XI° Congrès, qui la refusera.

Pourtant, ces résistances mêmes révèlent une pression accrue sur les militants, une centralisation croissante dans le parti dont l'appareil s'affermit, accroît, malgré les résolutions du X° Congrès, son poids et son autorité. Si le comité central refuse de se servir de l'exorbitant privilège qui lui permet de s'amputer d'une minorité, c'est peut-être entre autres raisons parce que ses membres sentent peu à peu diminuer l'autorité sans partage dont ils devraient en principe jouir. Il ne se réunit plus que tous les deux mois et ses pouvoirs sont de plus en plus confisqués en pratique par le bureau politique, porté à sept membres en 1921.

A l'intérieur de ce dernier organisme augmente l'influence de ceux qui tiennent en mains l'appareil du parti. Celui-ci ne cesse de croître numériquement, justifiant la multiplication des permanents par la mobilisation des militants, le contrôle des organisations, l'animation de l'agitation et de la propagande. Au mois d'août 1922, on recense 15 325 responsables permanents du parti dont 5 000 exerçant au niveau des districts et des usines. Le secrétariat du comité central termine cette année-là le fichier des militants qu'il contrôle et mobilise désormais. Sous son égide fonctionne un bureau des affectations, l'Uchraspred, fondé en 1920 pour assurer pendant la guerre civile les transferts de communistes dans les secteurs névralgiques et rendre possible leur « mobilisation ». Les nécessités d'une action rapide le conduisent très vite, nous l'avons vu, à intervenir dans les nominations de responsables du parti, à remplacer lui-même le responsable qu'il a décidé de muter. Si, pour les postes les plus élevés, l'intervention du bureau d'organisation est nécessaire, pour les échelons inférieurs, l’Uchraspred fait des nominations par le biais des « recommandations » du secrétariat du comité central, dont l’autorité s'étend ainsi dans toutes les régions : en 1922-1923, il procédera à plus de dix mille nominations et mutations de ce type, dont celles de quarante-deux secrétaires de comités provinciaux et des affectations a des postes importants de l'appareil administratif ou économique, par-dessus la tête des électeurs ou des responsables des commissariats compétents. Sous le secrétariat de Krestinski et de Preobrajenski ont été créés des bureaux régionaux du parti qui jouent le rôle de charnière entre secrétariat et organisations locales et dont l'autorité ne cesse de croître.

En 1922 est créée, auprès du secrétariat, la section d'organisation et d'instruction, qui sera l'un de ses instruments les plus efficaces. Elle dispose d’un corps d’ « instructeurs responsables » qui jouent le rôle de véritables inspecteurs généraux, visitent les organisations locales, font des rapports contrôlent l'activité générale, sélectionnent les cadres. La section peut également déléguer des pouvoirs importants à des responsables que l’on appelle les « plenipotentiaires du comité central » et qui disposent, en son nom, d'un droit de veto sur toute décision d'un organisme du parti : instrument efficace, évidement, pour discipliner un comité provincial ou local trop rétif.

Certes, la création des commissions de contrôle a été réclamée par les oppositions successives, afin précisément de lutter contre les abus d'autorité des responsables de l'appareil : c'est ainsi que l'opposition ouvrière y voit une garantie contre la bureaucratie. Un système compliqué fait élire ses membres dans les organisations locales pour les commissions provinciales, au congrès provincial pour la commission centrale. Mais les élus manquent en fait d’autorité face aux représentants de l’appareil normal. La tâche d'épuration les oblige évidemment à une étroite collaboration avec les services du secrétariat qui centralise les renseignements, et finalement la commission centrale de contrôle se subordonnera les autres.

Au lendemain du X° Congrès, la « purge » sera particulièrement sévère : 136 836 membres au parti sont exclus, 11 % pour « indiscipline » 34 % pour « passivité », 25 % pour des « délits mineurs » comme ivrognerie ou carriérisme, 9 % pour des fautes graves, chantage, corruption ou prévarication. Bien des éléments douteux sont ainsi éliminés mais il est vraisemblable, comme le diront Chliapnikov et ses amis, que des oppositionnels ont été frappés aussi ou menacés, par une interprétation souvent trop large de la résolution condamnant l’opposition ouvrière. Au cours de l'année 1922, il est clair que l’appareil du parti est en train de prendre la haute main sur l'ensemble de l'organisation, et, par elle, sur la vie du pays tout entier, de se substituer en somme au parti, comme le parti s'était substitué aux soviets. Cela est clair dans l'évolution des commissions de contrôle, qui deviennent un appendice de la bureaucratie qu'elles avaient pour mission de combattre.

Cela l'est encore plus dans le cas de l'Inspection ouvrière et paysanne (Rabkrin) sur laquelle Lénine semblait avoir beaucoup compté. Ces commissions d'inspection, primitivement destinées à assurer le contrôle des travailleurs sur le fonctionnement de l'appareil d'Etat, sont devenues, sous l'autorité du commissaire à l'inspection ouvrière et paysanne, Staline, des annexes de la commission de contrôle, elle-même en étroit contact, non seulement avec le secrétariat, mais avec l'ancienne Tchéka rebaptisée Guépéou.

Il se produit ainsi dans le parti un véritable transfert d'autorité à tous les échelons : des congrès ou conférences aux comités, élus ou non, des comités à leurs secrétaires permanents. La persistance et l'aggravation de la pratique des nominations, contrairement aux résolutions du X° Congrès, rend les secrétaires responsables, non devant la base, mais devant l'appareil et le secrétariat. Une véritable hiérarchie des secrétaires se crée, indépendante, et qui manifeste un esprit de corps très accentué. Sosnovski décrit ainsi ceux qu'on commence à appeler les apparatchiki, les hommes de l'appareil : « Ils ne sont ni chauds, ni froids. Ils prennent connaissance de toutes les circulaires de comités [...] ils font tous leurs calculs numériques pour l'action prescrite, contraignent toute l'activité du parti à s'insérer dans le cadre mathématique de leurs rapports soigneusement rédigés, sont satisfaits lorsque tous les points sont remplis et qu'ils peuvent faire connaître au centre l'accomplissement réglementaire de ses prescriptions. Auprès de ce type de travailleurs du parti pleuvent toutes sortes de plans, programmes, instructions, thèses, enquêtes, rapports. Ils sont contents quand le calme règne dans leur organisation, quand il n'y a pas d’ « intrigues » , quand personne ne les combat » [27]. Au-dessus des membres ordinaires, simples travailleurs, il y avait déjà dans le parti ses responsables dans les soviets, l'armée, les syndicats; il y a maintenant une couche supérieure, puisque les apparatchiki sont ceux qui ouvrent l'accès à toutes les responsabilités, celles des bureaux et de la pyramide des secrétaires.

Cependant, le parti regimbe au XI° Congrès, tenu sans Lénine, à l'exception du rapport initial. Le rapport de Zinoviev est plein de prudentes allusions aux « cliques » et aux « groupes » qui révèlent un état d'esprit d'opposition très répandu. Une proposition de suppression des commissions locales de contrôle, très applaudie, obtient 89 voix contre 223. Une résolution, qui sera votée, mettra le doigt sur la racine du mal en déclarant: « Les organisations du parti ont commencé à être systématiquement recouvertes par un énorme appareil [...] qui, se développant graduellement, a commencé à faire des incursions bureaucratiques et a engloutir une part excessive des forces du parti » [28]. Mais cet énorme appareil semble encore anonyme et n’a pas de visage connu. Et le même congrès approuve le président de la commission centrale de contrôle qui affirme : « Maintenant, nous avons plus que jamais besoin de discipline et c'est nécessaire parce que l’ennemi n’est pas aussi visible qu'avant. Quand il y a un répit apparaît parmi nous le désir d'être libéré du joug du parti: Nous commençons à penser qu'un tel moment est arrive, mais il n’est pas arrivé » [29].

Pour l'orateur il ne devait jamais arriver. Il appartient en effet au groupe d'hommes d'appareil dont l'influence ne va cesser de grandir et qui occupent déjà presque tous, en 1922, des postes décisifs. Leurs noms sont encore peu connus : il y a la pléiade des secrétaires des Bureaux régionaux, Iaroslavski, secrétaire régional en Sibérie en 1921, secrétaire du parti en 1922 et qui passe ensuite a la commission centrale de contrôle, Lazare Kaganovitch, secrétaire au Turkestan, devenu en 1922 responsable de la section d'organisation et d'instruction du secrétariat, Serge Kirov : secrétaire de l'Azerbaïdjan, devenu suppléant du comité central en 1921, Stanislas Kossior, successeur de Iaroslavski en Sibérie, Mikoyan, secrétaire du Caucase-Nord, qui entre au comité central en 1922, Ordjonikldzé, secrétaire de Transcaucasie qui y est depuis 1921, Kouibychev, secrétaire du Turkestan, secrétaire du parti en 1922, président de la commission centrale de contrôle en 1923. Leurs chefs de file sont Molotov, secrétaire responsable du parti en 1921, Solts président la même année de la commission centrale de contrôle et surtout Staline, membre du bureau politique, commissaire à l'inspection ouvrière et paysanne et membre influent du bureau d'organisation.

Tous ces responsables sont de vieux-bolcheviks mais forment un groupe caractéristique. De nombreux liens personnels les unissent. Kaganovitch, Molotov, Mikoyan ont exercé au même moment d’importantes fonctions à Nijni-Novgorod, où les a remplacés un jeune apparatchik, André Jdanov. Ordjonikidzé et Staline, tous deux Georgiens, sont liés depuis la clandestinité : Kouibychev s'est attache à Staline pendant la guerre civile. Staline, Molotov et Solts étaient ensemble au comité de rédaction de la Pravda avant la guerre. Tous ont de plus en commun un état d’esprit, une conception de l'existence et de l'action qui les distinguent des autres bolchevks : parmi eux, ni théoricien, ni tribun, ni même un dirigeant ouvrier de masse, mais des hommes habiles, efficaces, patients, des organisateurs discrets, des hommes de bureau et d'appareil, prudents, routiniers, travailleurs, obstinés, conscients de leur importance, des hommes d'ordre, en définitive. C'est Staline qui les unit et les rassemble: c'est autour de lui qu'ils constituent une fraction qui ne dit pas son nom, mais qui agit et qui étend son réseau.

En 1922, tout est prêt pour le règne des bureaux : il ne manque que « the right man in the right place » , Staline au poste de secrétaire général, où il pourra rassembler dans sa main les fils tissés au cours des années précédentes, incarner la puissance nouvelle de l'appareil. Ce sera chose faite après le XI° Congrès. Faut-il croire le délégué qui a raconté dans ses mémoires que la candidature d'Ivan Smirnov avait fait l'unanimité, mais que Lénine s'opposa à sa nomination, le jugeant indispensable en Sibérie? Faut-il croire aussi que Lénine s'accorda vingt-quatre heures de réflexion avant de proposer Staline [30] ? Faut-il imaginer une intervention de Zinoviev qu'une commune hostilité personnelle à Trotsky rapprochait du Géorgien et qui voyait en Smirnov un ami personnel de Trotsky ? Ce sont là conjectures pures. Le fait demeure : le petit entrefilet de la Pravda du 4 avril 1922 annonçant la nomination de Staline comme secrétaire général ouvrait une période nouvelle de l'histoire des bolcheviks comme des peuples russes. Il passa presque inaperçu: seul au XI° Congrès, Préobrajenski avait demandé comment un seul homme pouvait, dans un régime soviétique et un parti ouvrier, cumuler entre ses mains des fonctions et des pouvoirs de cette envergure.

C'est qu'avec la Nep une ère nouvelle venait de commencer pour la révolution russe, qui abandonnait, pour n'y plus revenir, l'enthousiasme héroïque des années d'apocalypse. Dans la lente remontée économique, la patiente reconstruction que permettait le tournant de 1921, retentissaient les paroles de Lénine qui avaient véritablement clos un chapitre : « Emportés par la vague d'enthousiasme, nous comptions, nous qui avions éveillé l'enthousiasme populaire - d'abord politique, puis militaire -, nous comptions pouvoir réaliser directement, à la faveur de cet enthousiasme, les tâches économiques aussi grandioses que les ; tâches politiques générales, que les tâches militaires. Nous comptions - ou peut-être sera-t-il plus exact de dire : nous pensions, sans un calcul suffisant - pouvoir, par les ordres exprès de l'Etat prolétarien, organiser à la manière communiste, dans un pays de petits paysans, la production et la répartition des produits par l'Etat. La vie a montré notre erreur. [...] Ce n'est pas en s'appuyant directement sur l'enthousiasme, mais au moyen de l'enthousiasme engendré par la grande révolution, en faisant jouer l'intérêt personnel, l'avantage personnel, en appliquant le principe du rendement commercial, qu'il nous faut d'abord, dans un pays de petits paysans, construire de solides passerelles conduisant au socialisme, en passant par le capitalisme d'Etat » [31].

Quelques années plus tard, le tendre, l'ardent Boukharine devait à son tour définir les sentiments nouveaux que lui avaient inspirés le tournant : « Dans le feu de l'autocritique, les illusions de la période de l'enfance sont détruites et s'évanouissent sans laisser de trace, les rapports réels émergent dans toute leur sobre nudité et la politique prolétarienne prend le caractère - moins émotionnel parfois, mais aussi plus assuré - d'une politique qui serre de près la réalité, et, aussi, la modifie. De ce point de vue, le passage à la Nep représente l'effondrement de nos illusions » [32].

C'est dans des conditions toutes différentes que s'ouvre la nouvelle période : il y a plus de grisaille et plus de routine, moins d'héroïsme et moins de lyrisme. Les apparatchiki apparaissent bien à leur heure. Aucun, pourtant, de ceux qui les ont vu grandir et se sont heurtés à eux ne croit possible leur victoire : comment des bureaux pourraient-ils enlever à Lénine la direction de son parti ?


Notes

[1] Texte intégral pp. 22-23 de l'étude « The Kronstadt Rising », par George KATKOV, parue dans le numéro 6 des St-Antony's Papers, Soviet Affairs, de loin la plus complète en même temps que la plus récente. En français, outre le livre de Voline, voir La commune de Cronstadt. par Ida METT (Spartacus) exprimant le même point de vue et le dossier publié en 1959 dans Arguments n° 14.

[2] KATKOV, op. cit., p. 28.

[3] Ibidem, pp. 29-32.

[4] Ibidem, p. 32.

[5] SERGE. M. R . p. 129.

[6] KATKOV, op. cit., p. 42.

[7] Cité par SCHAPIRO, C. P. S. V., p. 205.

[8] Discours au V° congrès, Bull. com. n° 15, 14 avril 21, p.243.

[9] RADEK. « Cronstadt », Bull. com. n° 19, 12 mai 21, p. 322.

[10] SERGE, M. R., p. 130.

[11] Cité par BARMINE, op. cil., pp. 143-144.

[12] Cité par CARR, B. R., t. Il, p. 277.

[13] TROTSKY, The first five years of the I. C., pp. 219-226.

[14] Cité par SOUVARINE, Staline, p. 298.

[15] FAINSOD, Smolensk under soviet rule, p. 45.

[16] Cité par SCHAPIRO, B. et l'O., p. 222.

[17] LÉNINE, Selected Works, vol. 9, p. 92.

[18] Cité par R. V. DANIELS, Conscience, p. 147.

[19] Rapport et résolution, Bull. com. n° 24, 9 juillet 21, pp. 401-405.

[20] Ibidem, p. 403.

[21] Cité par.ScHAPIRO, B. et l'O., pp. 262-263.

[22] Ibidem., pp. 264.

[23] Cité par John DANIELS, Labour Review n° 2, 1957, p. 47.

[24] Cité par R. V. DANIELS, Conscience, p. 150.

[25] Cité par SCHAPIRO, B. et l'O., p. 268.

[26] SOSNOVSKI, Taten und Menschen, p. 153.

[27] Ibidem, p. 152.

[28] Cité par DANIELS, Conscience, p. 166.

[29] Ibidem, p. 165.

[30] Ibidem, p. 170.

[31] LÉNINE, Ĺ’uvres choisies, t. II, p. 917.

[32] BOUKHARINE, Bolchevik n° 2, avril 1924, p. 1.


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