1926

Extrait de La correspondance internationale, 6ème année (1926), n°133, pp. 1669-1674. Référence dans la bibliographie de W. Hedeler : n°1262, 1269, 1313, 1326, 1374, 1375 et 1462.

 


La situation internationale et les tâches de l'Internationale Communiste

N.I. Boukharine



Kolarov. [qui préside la deuxième séance du 7e Plenum du CEIC, 23 novembre 1926, le soir] – La parole est donnée au camarade Boukharine pour le rapport sur le premier point de l’ordre du jour : « La situation mondiale et les tâches de l’Internationale Communiste ».

 

Rapport de Boukharine

 

(Discours « in extenso »)

 

La situation internationale et les tâches de l'Internationale Communiste

 

 

Camarades, le rapport général, contenant l'analyse de la situation actuelle, avec toutes les statistiques et les données y ayant trait, a déjà été publié sous forme de brochure. C'est pourquoi je considère comme tout à fait superflu de répéter les idées qui y sont développées. Je pense que les camarades en ont déjà pris connaissance, et c'est pourquoi je propose qu'après mon rapport, la discussion s'engage non seulement sur la base de mon rapport oral, mais surtout sur la base de mon rapport imprimé. Ma tâche actuelle consiste à souligner quelques questions essentielles.

Dans mon rapport imprimé, j'ai caractérisé la situation comme étant une situation entre deux vagues de révolution. C'est pourquoi je considère qu'il est utile d'engager de cette tribune une petite ou même, si vous voulez, une grande polémique contre nos adversaires et, en particulier, contre les social-démocrates.

 

L'appréciation générale de la période actuelle

 

Comment la social-démocratie, qui veut être un parti « ouvrier », même entre guillemets, apprécie-t-elle la situation actuelle ?

D'après elle, nous traversons une période normale de développement capitaliste. L'état dans lequel se trouve le capitalisme est presque ou même tout à fait normal. D'après la social-démocratie, ce qu'il y a de nouveau dans ce développement, c'est la nouvelle forme d'organisation du capitalisme, tant dans le cadre national que dans le cadre international. Dans toute une série de pays la concurrence fait place au capital organisé, et de fortes organisations se constituent dans le cadre économique mondial. L'expression politique de tous ces processus est représentée, d'après l'opinion de la social-démocratie, par des facteurs tels que la Société des Nations, le mouvement paneuropéen, les conventions et traités entre les différents Etats, etc. Tous ces facteurs sont, paraît-il, d'une telle importance pour l'analyse de la situation actuelle qu'ils entraînent soi-disant une modification fondamentale de l'état de choses. La social-démocratie va jusqu'à prétendre que les thèses marxistes et généralement reconnues, telles que, par exemple, la célèbre thèse générale (et bien connue de tous) sur le caractère inévitable des guerres dans le régime capitaliste, sont déjà périmées et ne correspondent plus à la réalité. C'est pourquoi les social-démocrates disent que nous allons au-devant d'une nouvelle phase du développement capitaliste. Ce n'est pas dans le ciel, mais sur la terre, que nous avons pour le moment la paix. Les idées de paix se réaliseront rapidement et, précisément, la Société des Nations est un instrument de ces nobles efforts en faveur de la paix. Hilferding et d'autres théoriciens de, la Social-démocratie;l'ont déclaré d'une façon tout à fait nette.

De telles affirmations sont-elles confirmées par la réalité ? Pour nous, ces affirmations, quand on les met en face de la réalité, nous paraissent tout à fait comiques. Du point de vue de la réalité, toute cette théorie n'est qu'un simple bluff. Et, en effet, peut-on comparer la situation actuelle avec la situation d'avant-guerre ? Peut-on prétendre que le capitalisme traverse une période normale et se développe dans des conditions « normales » ? A mon avis, c'est le contraire que l'on peut justement prétendre et le seul fait de l'existence de l'Union Soviétiste suffit pour montrer que le capitalisme se développe dans des conditions anormales. Le seul fait de l'existence de nos républiques prolétariennes est déjà l'expression de la situation anormale dans laquelle se trouve actuellement le capitalisme.

Nous assistons actuellement à un événement d'une importance aussi considérable que la révolution en Asie Orientale, dont le début est la grande révolution en Chine. Est-ce là l'expression d'un développement « normal » du capitalisme ? Est-ce là un événement de peu d'importance ? Est-ce là un facteur insignifiant ? Naturellement non. Ce facteur a une importance historique si formidable qu’il suffit à lui seul pour que l'on ne puisse considérer comme normale la situation actuelle du capitalisme. Le déclin de l'Angleterre, les antagonismes qui se poursuivent à l'intérieur du régime capitaliste ne sont pas non plus des choses de peu d’importance. Ce sont des faits de la plus grande importance, que l'on ne doit pas sous-estimer. Si l'on considère ces événements du point de vue des contradictions du capitalisme et des événements de politique extérieure qui se poursuivent entre les différents Etats, on se demande si l'on peut prétendre que les contradictions se sont atténuées. En, aucun cas. Qui a essayé de le démontrer ? Qui a jamais essayé d'en apporter la preuve ? Nous prétendons que les contradictions se sont aggravées depuis la guerre, qu'elles sont réapparues en reproduction élargie, à un niveau plus élevé. Les facteurs les plus considérables sont l'instauration de 1a dictature du prolétariat dans l'ancien Empire des tsars et la révolution chinoise. Ces deux facteurs montrent clairement que l’ancienne base du régime capitaliste n'existe plus. Et, en effet, nous voyons actuellement à quelle .tentative on se livre pour sauver le capitalisme, à l'aide de méthodes extraordinaires d'exploitation extrêmement aggravée, dans les pays où n'existe encore aucune situation révolutionnaire immédiate et où la courbe du développement capitaliste monte même provisoirement.

L'absence de l'ensemble des conditions qui constituaient autrefois la base du capitalisme se manifeste, par conséquent, dans une lutte aggravée contre la classe ouvrière, étant donné que ce n'est que par ce moyen que la bourgeoisie peut encore espérer sauver le régime capitaliste.

 

Pour ou contre la stabilisation du capitalisme ?

 

La question fondamentale suivante se pose donc devant les partis ouvriers : pour ou contre la stabilisation du capitalisme ? Et cette question est, en quelque sorte, la ligne de démarcation à l'intérieur de la classe ouvrière, la social-démocratie étant pour la stabilisation, alors que nous sommes contre. Cette ligne fondamentale est déterminée par toute une série d'autres conditions tactiques. C'est ainsi que, par exemple, la social-démocratie est contre l’Union Soviétiste. Pourquoi ? Parce que l'existence de l'Union Soviétiste: est un facteur qui, objectivement, menace la stabilisation du capitalisme; L'Union Soviétiste est le facteur destructif dans les cadres de l'économie capitaliste mondiale et de tout le système des Etats capitalistes.

Naturellement le capitalisme se sert de l'Union Soviétiste pour l'échange des marchandises, mais ce fait a une importance qui comporte deux degrés : tous Ies traités de commerce, toutes les reconnaissances officielles de l'Union Soviétiste, ce sont là des phénomènes de second degré. Ce n'est pas cela le plus important, et ce n’est pas cela qui détermine la: politique mondiale. La bourgeoisie le comprend à merveille.

D'une façon générale, la social-démocratie est contre la révolution en Asie Orientale. Même d'une social-démocratie aussi gauche relativement que la social-démocratie autrichienne, même du parti d'Otto Bauer, on peut dire qu'il est hostile ou semi-hostile, ou est neutre vis-à-vis de la révolution en Asie Orientale, Pourquoi ? Parce que la révolution en Asie Orientale est un formidable facteur destructif qui entrave la stabilisation capitaliste. La social-démocratie est contre tous les « désordres » en Europe occidentale et contre tout « désordre » en général. Elle est très hostile à la grève anglaise. Elle était naturellement contre la grève générale en Angleterre et particulièrement contre la continuation, de cette grève qui aurait été une menace pour l'ordre « normal ».

La social-démocratie lutte, sous telle ou telle forme, contre tous les facteurs destructifs ou négatifs vis-à-vis de la stabilisation du capitalisme, qu'il s'agisse de la révolution en Asie orientale, de l'Union Soviétiste ou d'une grande grève politique ou économique en Europe. Réciproquement, tout facteur qui favorise la stabilisation du capitalisme bénéficie de l'appui de la social-démocratie. Pourquoi cela ? La, social-démocratie de tous les pays soutient, par exemple, une organisation de banditisme, telle que la Société des Nations, parce que celle-ci est à ses yeux le meilleur moyen de supprimer les contradictions à l'intérieur du capitalisme et de faire progresser, tout au moins pour quelque temps, la stabilisation du capitalisme. La social-démocratie considère la Société des Nations comme un instrument de paix qu'il faut soutenir. Elle la considère essentiellement comme un instrument de stabilisation et, par conséquent, comme un instrument de paix. C'est ce qui explique pourquoi la social-démocratie soutient également le mouvement paneuropéen et préconise « une juste répartition » des colonies. Les conclusions que nous devons en tirer sont à peu près les suivantes :

La trahison que la social-démocratie commet dans la période actuelle, au cours-des derniers mois, est beaucoup plus grave que la trahison qu'elle a commise en août 1914. La claire compréhension de ce fait n'a pas encore suffisamment pénétré même dans nos rangs ; on peut dire de même, que le prolétariat, dans son ensemble, ne l’a pas encore compris. C'est pourquoi notre tâche consiste en tout premier lieu à expliquer ce fait au prolétariat.

Pourquoi la trahison de la social-démocratie est-elle plus grave que celle qu'elle a commise en août 1914 ? C'est très simple. En août 1914, la social-démocratie défendait le principe de la défense nationale capitaliste. Pas davantage. A l'époque, la situation était une situation extraordinaire. Les social-démocrates déclarèrent que l’ennemi ravageait leur « patrie ». Ils n'en étaient pas moins, prétendaient-ils, des internationalistes. D'après eux, cet internationalisme n'était pas du tout en contradiction avec ce qu'ils appelaient les « facteurs nationaux ». Nous connaissons parfaitement toute cette histoire. Mais, aujourd’hui, la social-démocratie ne défend plus seulement le capitalisme dans le cadre national, comme ce fût le cas pendant la guerre. Aujourd’hui, elle défend le capitalisme en tant que système économique mondial. (Applaudissements.) Cela n'apparaît pas au premier abord, mais c'est d'autant plus dangereux, et nous devons faire des efforts d’autant plus grands pour dénoncer cette maudite idéologie. Or, nous ne pourrons y arriver sans, un travail énergique.

 

La « paix » social-démocrate, coulisse pour la préparation de nouvelles guerres

 

La social-démocratie mêle la question de la stabilisation capitaliste avec le problème de la paix. Ce problème se pose précisément maintenant devant nous d'une façon particulièrement sérieuse. Examinons quel est l'état d'esprit de l'ouvrier moyen et 1a psychologie des masses prolétariennes. Quelle est cette psychologie? Ces masses ont fait la guerre. Mais, maintenant, sept ans après, la fin de la guerre, la situation s'est relativement améliorée, et ces masses disent : « Nous vous en prions, laissez-nous la paix ! Nous sommes contre la guerre, nous sommes contre toute violation de la paix, c'est tout ce que nous voulons ! » Cette psychologie des masses populaires est tout à fait compréhensible. C'est une sorte de réaction contre l'état d'esprit militariste qui a régné pendant la guerre et la social-démocratie sait l'utiliser à merveille. Comment cela ? Elle pose la question ainsi : « Qui trouble la paix ? Voyez la Société des Nations, c'est un instrument de paix ! Et voilà ces maudits « Russes », qui viennent déranger cet instrument de paix.[ »] Ou encore : [« ]Regardez du côté de l'Orient, Là-bas, il y a la révolution. Les « Russes », c'est-à-dire l'Union Soviétiste « excitent » les peuples de l'Asie orientale contre les Etats civilisés. Nous, c'est-à-dire la social-démocratie, nous nous efforçons de faire servir à la cause de la paix le mouvement paneuropéen, les cercles pacifistes et la Société des Nations. Nous nous efforçons de toutes nos forces de réaliser la paix. Mais l'Union Soviétiste nous en empêche, de même que les peuples de l'Asie orientale. Les communistes veulent porter partout « l'incendie » et « souffler sur le feu », selon l'expression de Kautsky. Au début, ils ont essayé de « piller » l'Europe occidentale, mais ils n'y ont pas réussi ; actuellement, ils s'efforcent d'« incendier » et de « piller » l'Orient. Ce sont eux les véritables ennemis de la paix, ce sont eux qui constituent l'obstacle qu'il s'agit d'écarter.[ »]

Tel est .le langage que parle la social-démocratie, telle est son « idéologie » empoisonnée.

Nos partis doivent détruire cette idéologie et combattre une telle position du problème de la paix, qui correspond au bavardage sur l'ultra-impérialisme au mouvement paneuropéen, etc. Dénoncez la « paix » social-démocrate, car elle n'est qu'une coulisse pour la préparation de guerres encore plus formidables, plus effroyables que toutes celles que l'histoire a connues jusqu'ici. I1 est inutile de motiver plus en deuil cette thèse.

A mon avis, nous n'avons pas su encore dénoncer complètement cette façon de poser la question et agir dans ce sens au sein du prolétariat. C’est pourquoi, je le répète encore une fois, 1a « paix » social-démocrate n'est qu'une coulisse pour la préparation de nouvelles guerres effroyables.

D'autre part, notre mouvement révolutionnaire, nos insurrections, nos grèves ainsi que notre travail d'édification socialiste dans l'Union Soviétiste, et même d'une façon générale l'existence de l'Union Soviétiste, constituent la meilleure garantie d'une paix véritable. C’est cette thèse populaire, cette vérité presque banale qu'il s'agit d'expliquer complètement à l’ensemble du prolétariat. Ce que nous devons dire et ce qui correspond parfaitement à la réalité, c’est ce qui suit : les partis communistes sont les partis de la révolution et l’Internationale Communiste est l'organisation mondiale du prolétariat pour la préparation de la révolution mondiale. (Applaudissements.) Mais, précisément parce que l'Internationale Communiste est le parti mondial de la Révolution mondiale, c'est précisément pour cela qu'elle est la garantie la plus ferme d'une paix véritable pour le monde entier. C'est sous cette, forme qu'il s'agit de poser désormais le problème

 

Les quatre principaux groupements du monde capitaliste et l’attitude de la social-démocratie à leur égard

 

L'idée de la nécessité de détruire l'idéologie ultra-impérialiste et pacifiste dépend d'une façon étroite de l'appréciation générale de la situation actuelle. L'une des principales idées soulignées dans les thèses, ainsi que dans mon rapport imprimé, est l'idée que la position schématique du problème de la stabilisation du capitalisme ne suffit ni théoriquement, ni pratiquement. Notamment pour notre travail pratique, il ne suffit pas le moins du monde de procéder à une appréciation schématique de la situation de tous les pays ; étant donnée la diversité considérable des conditions et rapports dans lesquels ont à lutter nos organisations.

J'ai essayé, dans mon rapport écrit, de procéder à une classification des différents pays, Je crois que nous sommes actuellement en face de quatre grands groupements. L'histoire se plaît à rapprocher des appellations telles que, par exemple, l'Union des Etats-Unis d'Amérique du Nord et l'Union des Républiques Socialistes Soviétistes, deux Unions qui sont en même temps opposées dans la situation mondiale actuelle. Outre ces deux groupements principaux, nous avons encore l'Europe et l'Orient, chacun d’eux constituant un groupe particulier.

Comment faut-il comprendre l'attitude extrêmement amicale des social-démocrates vis-à-vis de l'Amérique, comment faut-il l'apprécier du point de vue de l'ensemble de la situation mondiale ? L'Amérique représente le pôle de l'histoire mondiale où se concentrent, comme en un foyer ardent, les plus grandes forces capitalistes. Du point de vue des perspectives historiques, elle est le principal adversaire du socialisme. Comment comprendre, par conséquent, les louanges adressées par la social-démocratie à l'Amérique ? C'est une expression éloquente du rôle contre-révolutionnaire de la social-démocratie, parce quelle est une vraie garantie pour l'appui futur accordé aux principaux adversaires de la classe ouvrière. C'est surtout dans ce sens qu'il faut comprendre ces louanges, ces hymnes enthousiastes que la social-démocratie entonne au sujet de l'Amérique.

Totalement différente est l'attitude de la social-démocratie à l'égard de notre Union, l'Union des Républiques Socialistes Soviétistes. Il suffit de se rappeler les obstacles qu'elle dresse sur notre chemin, la campagne qu'elle mène contre nous et l'appréciation qu'elle fait de notre travail d'édification socialiste. Cela, également, montre le rôle nettement contre-révolutionnaire de la social-démocratie. L'histoire mondiale montre actuellement deux pôles opposés : l'Amérique et l'Union Soviétiste, le pôle révolutionnaire et le pôle contre-révolutionnaire. L'attitude de la social-démocratie vis-à-vis de l'Amérique et de l'Union Soviétiste, si on la considère du point de vue des grands problèmes, est tout à fait claire. La social-démocratie est pour l'Amérique et contre l'Union Soviétiste, pour le capitalisme et contre le socialisme, pour la contre-révolution capitaliste et contre la révolution prolétarienne.

La propagande que mène actuellement la social-démocratie contre la révolution en Asie orientale, est le troisième grand facteur qui montre le rôle contre-révolutionnaire de la social-démocratie. Dans une série d’articles, de thèses, etc. la social-démocratie déclare : nous sommes pour la « libération » de tous les peuples et, naturellement aussi, du peuple chinois, mais nous sommes contre le « chaos » en Chine, nous sommes contre la « haine » des étrangers et autres choses semblables.

La « juste répartition » des mandats coloniaux, est également un problème auquel s'intéresse la presse social-démocrate et, en particulier l’organe de M. Hilferding, [Die] Gesellschaft. Et c'est également là un signe caractéristique du rôle contre-révolutionnaire de la social-démocratie. Il en est de même en ce qui concerne l'attitude positive adoptée à l'égard de la stabilisation, le rôle positif joué par la social-démocratie dans le sauvetage du système capitaliste. A tous les points importants où se manifestent les faiblesses du système capitaliste, la social-démocratie joue un rôle directement contre-révolutionnaire et lutte contre l’Union Soviétiste, contre la révolution chinoise, contre les désordres en Europe occidentale, mais préconise son « américanisation » et lutte dans, ce sens. Là aussi se manifeste clairement le rôle contre-révolutionnaire de la social-démocratie.

 

Les tâches de nos sections - La soi-disant « question russe »

 

Il est tout naturel, que de ce point de vue, les tâches de nos -partis et de l'Internationale communiste doivent prendre des formes différentes selon les pays. Dans l'Union soviétiste, nous sommes placés devant une certaine tâche, en Amérique, devant une autre. En Europe occidentale et en Chine, nous sommes- également placés devant des tâches toutes particulières. Or; cette différence ne repose pas sur le fait que ces tâches sont fondamentalement différentes les unes des autres, mais, au contraire, pour pouvoir réaliser notre tâche commune et générale, à savoir la révolution prolétarienne, nous devons poser la question chaque fois différemment selon les particularités de la situation.

Commençons tout d'abord par le travail des communistes dans l'Union Soviétiste. Ici, dans l’Union Soviétiste, notre tâche principale est un travail créateur : L'édification du socialisme. La social-démocratie le nie. Et également dans nos propres rangs, dans différents groupements d'opposition de notre parti et des partis étrangers, on rencontre un certain scepticisme quant à l'édification socialiste dans l’Union Soviétiste, C'est pourquoi je considère qu'il est nécessaire de dire nettement que ce scepticisme a une origine social-démocrate.

En ce qui concerne le coté théorique de la question, je ne m'en occuperai pas en détail, puisqu'il sera traité dans le rapport de Staline. Je voudrais dire seulement quelques mots sur l'origine de ce scepticisme. Comment se fait-il que les camarades de l'opposition parlent de la presque impossibilité de l'édification socialiste, de difficultés insurmontables, etc., etc…. ? Pourquoi manquent-ils de foi dans les perspectives victorieuses de l’édification socialiste dans l’Union Soviétiste ? Pourquoi ce manque de foi trouve-t-il un certain écho dans quelques parties de l'Europe occidentale et même dans certaines couches du prolétariat ? Quand on pose cette question d'une façon théorique, on comprend tout de suite où sont les racines de ce scepticisme. Les camarades de l'opposition disent que la Russie est un pays arriéré, dans lequel on a pu s'emparer du pouvoir, mais que l'édification .du socialisme y est quelque chose de tout à fait autre. Engels lui-même disait que l'on pouvait prévoir le cas où le parti ouvrier s'emparerait trop tôt du pouvoir. Une telle responsabilité n'est pas exclue. D'après l'opinion des social-démocrates et des: camarades sceptiques à l'intérieur du mouvement communiste, ce cas se présente précisément aujourd'hui dans l'Union Soviétiste. D'après eux, les bolcheviks se seraient emparé trop tôt du pouvoir, avant même qu'aient mûri les conditions objectives pour l'édification véritable du socialisme. Cela se manifeste avant tout, comme disent les social-démocrates, en ce que les bolcheviks sont obligés d'entreprendre continuellement une nouvelle retraite. En tout cas, la situation serait autre si la révolution mondiale avait éclaté immédiatement après. Car la révolution mondiale eût sauvé la révolution russe. Mais 1a révolution mondiale ne vient pas et les bolchevik» font des concessions les unes après les autres. La nouvelle politique elle-même a été, selon l'opinion de tous les social-démocrates (et malheureusement, pas seulement les social-démocrates), une preuve de l'insuffisance des forces objectives de la révolution en Russie. La nouvelle politique économique a été pour ainsi dire, le péché et, comme c’est le cas pour tous les péchés, conformément aux lois naturelles, elle a mis au monde des petits péchés, ce péché a engendré toute une famille pécheresse. On assiste à une « dégénérescence » du pouvoir soviétiste dans le parti, à un nouveau « Thermidor », on fait des concessions inadmissibles aux paysans, Staline joue le rôle d’un « roi paysan », on assisse à la formation de « tendances liquidatrices » à l'intérieur de l'Internationale Communiste, etc., etc. Les social-démocrates et leurs émules imaginent toutes les absurdités possibles que nous avons entendues de différents côtés au cours des derniers temps.

Naturellement, la social-démocratie trouve une certaine consolidation dans ce fait qu'un état d'esprit analogue est apparu également à l'intérieur de notre parti. Je dis : « est apparu », parce que j'espère que cet état d'esprit sera liquidé après l'assemblée plénière actuelle. En ce sens; nous sommes, certes, les « liquidateurs » les plus zélés. (Applaudissements enthousiastes.)


Camarades, toutes ces considérations sont confirmées par une série de différents phénomènes.

Tout d'abord par la marche même du développement dans l’Union Soviétiste. Je n'indiquerai aucun chiffre, car vous pourrez les trouver dans ma brochure, articles et livres.

Une appréciation indirecte importante nous est apportée par l'écho que notre opposition a trouvé dans le camp bourgeois et social-démocrate. C'est une indication extrêmement importante dont il faut absolument tenir compte. Quel écho ont trouvé notre opposition et l'extrême-gauche ? Un très mauvais, à mon avis. Ils ont été chargés de louanges par la bourgeoisie, par la semi-bourgeoisie, par les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks. C'est là un fait incontestable.

Arrivons-en maintenant aux alliés de l'opposition. Est-ce un hasard que Ruth Fischer, exclue du parti allemand, soit sur la même liste parlementaire que M. Korsch ? Pas le moins du monde ! Pas plus que c'est un hasard que Maslov et Urbahns se meuvent idéologiquement dans la direction de Korsch.

Est-ce un hasard que l'attitude de l'opposition ultra-gauchiste dans la soi-disant « question russe » a une parenté très étroite dans toute une série de points avec des ouvrages aussi vulgaires, aussi vraiment contre-révolutionnaires que la brochure de Kautsky ? Ce n'est pas du tout un hasard.

Est-ce un hasard que les soi-disant « courants hostiles à Moscou » coïncident avec l'orientation occidentale de la bourgeoisie occidentale ? Non, ce n'est pas un hasard, mais uniquement le revers d'une seule et même question.

Du point de vue de notre travail intérieur dans l'Union Soviétiste, notre tâche principale est la lutte décisive contre les éléments bourgeois de notre économie, la lutte menée avec toutes les forces de la foi et de la conviction, la conviction que nous sommes en état de vaincre notre bourgeoisie intérieure dans le domaine économique. Si quelqu'un manifeste du scepticisme dans ce domaine, c'est le scepticisme de la social-démocratie. Notre tâche dans l'Union Soviétiste, celle de l'édification du socialisme, ne peut être réalisée qu'à la condition que nous ayons véritablement foi dans l’œuvre que nous réalisons.

 

Nous devons lutter pour la victoire de la révolution et pour le développement non capitaliste en Chine

 

Nous avons une tout autre tâche à réaliser en Chine. Nous avons traité, aux congrès et aux précédentes séances du Comité Exécutif, la question chinoise, et la question orientale. Je voudrais, cependant, souligner, comme je l'ai fait dans les thèses et dans le rapport imprimé, que notre perspective immédiate et notre tâche prochaine en Chine consistent à battre l'ennemi impérialiste. C'est, à l'heure actuelle, 1a tâche principale, celle qui crée les conditions pour le travail futur. Mais nous ne sommes pas du tout des empiriques à ce point grossiers que nous ne puissions voir les tâches prochaines, même s'il s'agit des tâches principales du moment. Nous voudrions voir un peu plus loin. Nous devons souligner que l'Internationale communiste considère comme possible un développement non capitaliste en Chine et que cette perspective représente, en fait, la perspective pour laquelle nous devons lutter en tant que parti communiste. Naturellement, cela ne sonne pas du tout d'une façon social-démocrate. Les social-démocrates s'efforcent, tout au contraire, de se moquer de nous, comme ils ont essayé de se moquer également de notre Révolution d'Octobre et de notre travail d’édification socialiste. C'est pourquoi, ils essaieront également de se moquer de notre attitude à l'égard du problème de la question chinoise. Mais nous verrons ce que dira l'avenir. En attendant, le développement en Chine se poursuit de telle sorte que la première moitié de notre tâche, à savoir la lutte contre les impérialistes, se résout d'une façon assez efficace, (mais n’est pas encore résolue). L'armée cantonnaise avance, tandis que l'armée populaire de Feng a les yeux fixés sur Pékin. L'unification de la Chine se poursuit sous la direction des forces révolutionnaires. Si elle se réalise, cela aura, naturellement, des répercussions immédiates sur l'ensemble de la situation internationale. Et que se produira-t-il dans la suite ? Quelles seront ensuite les tâches que nous aurons à réaliser ? Je crois que l'Internationale communiste peut déclarer ici que notre perspective tout à fait générale, notre perspective la plus importante et celle qui a la portée la plus vaste, consiste dans l'établissement d'une alliance entre la Chine, l'Union Soviétiste et le prolétariat des pays de l'Europe occidentale pour pouvoir éviter, par ce moyen, de passer par la phase de développement capitaliste en Chine. C'est là une tâche relativement considérable et je pourrais presque dire une tâche insolente [insolite ?], que se posent l'Internationale et les partis communistes. Mais nous avons conscience de nos propres forces et nous essaierons de résoudre ces tâches. Nous nous posons cette tâche, nous lutterons pour sa réalisation et nous sommes persuadés que: nous saurons la résoudre.

 

Les partis communistes de l'Occident dans la lutte pour la conquête des masses

 

En Amérique, notre parti est relativement petit. Le capitalisme américain est le pivot de tout le système capitaliste, le capitalisme le plus puissant du monde. Nos tâches dans ce pays sont encore très modestes. Nous nous trouvons seulement dans la voie vers la conquête des masses. Au début, nous pouvons nous poser uniquement ces tâches modestes pour acquérir d'autres positions d'appui pour les luttes prochaines dans ce pays.

Tout autre est la situation en Europe occidentale. Les mots d'ordre : « Allez aux masses ! » et « En avant pour la conquête des masses ! » sont toujours à la base de notre activité. Avec cette tâche de la conquête des masses, de la lutte pour l'organisation et la direction des luttes de classes de ces masses, nous constituons l'élément qui complique la marche du développement capitaliste. Même le problème de la stabilisation n'est autre chose, considéré de ce point de vue, qu'un objet de lutte de classe. Naturellement, la stabilisation est un processus objectif du développement capitaliste. Mais l'ensemble de ce processus fait de lui un processus qui implique entre autres facteurs, la classe ouvrière elle-même, sa capacité de mobilisation, de défense et d'attaque. La défense de la classe ouvrière sera le facteur de complication dans le processus de la stabilisation du capitalisme. Le seul parti qui représente ce facteur de résistance et de lutte, c'est le Parti communiste et la seule organisation mondiale qui joue ce rôle est l'Internationale Communiste.

Quelques mots maintenant sur les questions de l'Europe occidentale. Le problème de la conquête des masses est actuellement le problème fondamental. C'est actuellement une parole vide de sens que de parler d'une lutte contre la stabilisation sans avoir en mains des organisations de masse. Nous avons beaucoup écrit là-dessus, adopté de nombreuses résolutions et les comités centraux de nos partis, ainsi que toute l'Internationale communiste, ont compris toute l'importance de ce problème. Mais, prendre une résolution, est une chose, et la réaliser en est une autre. Si nous prenons, par exemple, un problème tel que celui de la conquête des syndicats, nous devons dire que cette conquête a été réalisée jusqu'ici par nous tous dans une mesure très restreinte, quoique ce soit là une de nos tâches les plus importantes. Les syndicats sont des organisations essentiellement économiques, quoi qu'il n'y ait naturellement pas d'organisations « neutres » purement économiques. Les syndicats sont les principales organisations de masse du prolétariat. Si l'offensive du capital prend une forme particulière en Europe occidentale et revêt, dans une mesure considérable, la forme de l'offensive économique, le rôle de ces organisations de masse ne fait par là que s'accroître. Or, quel est le travail de nos partis dans les syndicats ? Quelle est la situation sous ce rapport ?

La réponse, du point de vue du développement des partis communistes, n'est pas particulièrement satisfaisante. Nous pouvons énumérer parti sur parti et nous ne pouvons dire de presque aucun d'entre eux que leur travail dans les syndicats est satisfaisant.

Si l'on examine l'état d'esprit qui règne à l'intérieur du prolétariat, nous pouvons constater ce qui suit : l'influence politique de nos partis s'accroît, les larges masses ont confiance en nos partis; s'il s'agit de questions politiques. Prenons, par exemple, le parti allemand. Dans la lutte contre les indemnités aux maisons princières déchues, il a joué un tel rôle dirigeant que même la social-démocratie a été obligée, sous son influence, de faire, quelques pas au-devant de lui. Mais, quelle est l'attitude des ouvriers, en cas de mouvements de-grèves ordinaires ? Tout à fait autre ; leur confiance dans les communistes est incomparablement moindre.

En ce qui concerne l'allure du développement, les meilleurs succès ont été obtenus par le parti anglais. Certes, le parti anglais est encore relativement petit, en comparaison des autres partis. Mais l'allure des succès obtenus est incontestablement bonne. Et cela doit être, précisément attribué à ce fait que le parti anglais a travaillé, plus que tous les autres, dans les syndicats. C'est l’un des plus grands mérites de notre parti anglais. Je ne parle pas ici de ses erreurs, étant donné que nous en parlerons plus loin. Mais ce fait subsiste dans toute son importance comme un grand mérite de notre parti frère anglais.

Tout a-t-il été fait de notre part dans les syndicats et dans les différentes organisations de masse ? Avons-nous liquidé complètement l'esprit de secte ? Avons-nous fait progresser le problème concernant l'attitude à adopter vis-à-vis des ouvriers social-démocrates de gauche ? Non. Parfois, nous ne savons pas aller aux masses comme il faut et nous ne sommes pas en état de trouver la véritable voie qui mène à elles. Ce problème, le travail dans les organisations de masse, et en premier lieu dans les syndicats, est, à mon avis, le problème fondamental devant lequel se trouvent placés nos partis dans les pays de l'Europe occidentale. C'est ce qu'il faut toujours souligner à nouveau. C'est peut-être fatigant de répéter et d'entendre toujours la même chose. Mais, nous ne pouvons faire aucun pas en avant si nous ne jetons pas toutes nos forces sur ce secteur important du front.

Cette question est en rapport étroit avec la question de l’autocritique à l'intérieur de nos partis. Nous avons déjà indiqué ici que quelques camarades considèrent les choses sous le seul rapport du « prestige ». Dans mon rapport écrit, un grand nombre de camarades ont essayé de découvrir en premier lieu ce qui concerne le parti qui les a délégués. C'est ce. qui les intéresse le plus. Et la caractéristique que contient le rapport a ce1 sujet n'est pas appréciée du point de vue dé savoir si elle est juste ou non, mais du point de vue de savoir si d’une façon générale, leur parti est critiqué. J'estime que, pour m'exprimer d'une façon modérée, ce n'est pas une façon tout à fait juste d'examiner les choses. Ce qui nous fait défaut, c'est l'autocritique à l'intérieur de nos partis. C'est la capacité d'apprécier son propre travail d'une façon exacte, de relier les conclusions pratiques de la lutte quotidienne au mouvement général des principales colonnes de la révolution mondiale dans leur marche vers la victoire. Nous sommes capables de dire d'une façon remarquable que nous sommes pour le communisme, pour la révolution chinoise et pour la révolution mondiale, nous pouvons souligner par tous les moyens ces paroles, mais cependant nous ne pouvons pas venir en aide à la révolution chinoise, par exemple, en Allemagne ou en France, si nous ne déployons pas une activité suffisante dans les syndicats et dans les larges masses ouvrières. Tous les anneaux de cette chaîne sont ainsi étroitement liés ensemble. Cette liaison est très compliquée, mais c'est un fait qu'il est impossible de nier.

 

Les perspectives de la lutte en Europe Centrale

 

Un certain nombre. de camarades sont d'avis que notre appréciation de la situation aboutirait à nier toute bonne perspective pour le travail actuel des partis communistes en Europe centrale. C'est faux. Je prétends-que la révolution progresse actuellement dans trois .directions principales : en Chine, en Angleterre et dans l'Union Soviétiste. Cela correspond aux faits. Mais cela ne signifie nullement que. la situation de l'Europe centrale soit pour nous défavorable. Malgré la stabilisation, la situation est beaucoup plus favorable pour nos partis en Europe centrale qu'il y a quelque temps. Pourquoi ?

Nous avons connu trois étapes qui se sont succédé à peu près comme suit :

La première période a été la période orageuse. Les communistes marchaient à l'assaut. C'était une situation directement révolutionnaire. La social-démocratie jouait un rôle directement réactionnaire et « protestait » à main armée contre les partis communistes, contre-les spartakistes, etc.

A partir du début de la stabilisation du capitalisme, nous avons une nouvelle base. Il s'est produit une certaine modification du rapport des forces. Cette modification a consisté en ceci que les communistes ont procédé a une petite retraite tandis que la social-démocratie bénéficiait d'une certaine recrudescence, d'un certain accroissement, d’un certain renforcement. Cela était lié à la stabilisation du capitalisme.

Maintenant, j’estime que nous entrons dans une nouvelle phase, une phase dans laquelle le processus de stabilisation du capitalisme manifeste ses contradictions intérieures sous une forme de plus en plus grave. Le rapport entre les classes s'aggrave. Cela crée une situation favorable pour le parti. Est-ce que, par exemple, la situation en Allemagne qui est au centre de l'Europe, n'est pas actuellement pour nous une situation favorable ? Elle est favorable et elle devient de plus en plus favorable. Le capitalisme attaque. La classe ouvrière est de jour en jour plus convaincue de la .nécessité de la lutte active et ferme

L'orientation à gauche qui se poursuit au sein de la classe ouvrière est l’expression éloquente de ce processus. .La grève des dockers allemands de Hambourg est un premier symptôme de cette orientation à gauche et le début de la résistance active des ouvriers contre la pression de la bourgeoisie. Naturellement, cela n'est que le premier pas. L'activisation de la classe ouvrière se poursuivra, au fur et à mesure de l'aggravation des contradictions de la- stabilisation capitaliste. La social-démocratie se transformera de plus en plus en représentant de l'état d’esprit des couches de l'aristocratie ouvrière, de plus en plus faible numériquement et d'une importance de moins en moins considérable. Naturellement, les aggravations des antagonismes de classe et les regroupements qui se poursuivent au sein de la classe ouvrière sont un processus de longue durée. Mais ce processus constitue également, dès maintenant, un terrain favorable pour le développement de notre parti.

J'ai expliqué ici que la stabilisation n'est pas seulement un processus objectif, mais encore un objet de lutte de classe. Cette affirmation est confirmée tout d'abord par la grève anglaise qui, comme je dois le souligner ici, n'a pas été suffisamment appuyée par nos partis communistes. Nous devons 1e reconnaître pour pouvoir en tirer quelques enseignements. La grève anglaise a été et est encore actuellement une lutte formidable. Au fur et à mesure du développement du processus de la stabilisation, nous aurons à faire face, en Europe Centrale également à des luttes semblables, étant donné que les difficultés que rencontre actuellement le capitalisme en Europe Centrale sont considérables et que les conflits avec le prolétariat sont inévitables. C'est pourquoi la tâche de nos partis consiste à mobiliser le prolétariat et à le préparer en vue des combats futurs. Comment peut-on l'y préparer ? Avant tout au moyen d'un travail opiniâtre à l'intérieur des syndicats. Comment peut-on soutenir pratiquement la révolution chinoise ou seulement l'Union .Soviétiste ? Comment peut-on soutenir l'avant-garde du prolétariat révolutionnaire de l'Europe Occidentale, les sections de la révolution mondiale qui se trouvent en pleine mêlée ? Naturellement, il s'agit de mobiliser toutes les forces en vue de soutenir matériellement et moralement les ouvriers en lutte. Mais, à la longue, cela ne peut se faire d'une façon sérieuse et efficace qu'en accomplissant cette tâche extrêmement « modeste », qui consiste à mener un bon travail parmi les masses et dans les organisations de masse. Ce n'est que dans la mesure où nous aurons réussi a faire pénétrer notre influence au sein des masses que nous pourrons compter sur une mobilisation des larges masses ouvrières. C'est ce que vous dira n'importe quel ouvrier chinois. Si vous n'avez pas de ressources suffisantes pour venir en aide aux ouvriers anglais et chinois, du moins menez un bon travail à l'intérieur des syndicats et des différentes organisations de masse. Par là, vous accomplirez la tâche principale qui se pose actuellement devant vous en Europe Centrale. Et vous aurez le tableau suivant : en Chine, s'avance la révolution directe, ainsi que dans l'Union Soviétiste (car notre:travail d'édification n'est pas un perfectionnement de la révolution, mais la révolution elle-même) et en Angleterre, nous assistons aux premiers symptômes des plus grands ébranlements. C'est de vous, par conséquent, que dépendra que l'on assiste chez vous également à de tels ébranlements. Cela dépend de votre .travail modeste dans les masses, car les plus grands événements ne sont pas tirés comme d'un coup de pistolet, ils sont préparés à l'avance. Nous autres, dans notre parti, nous parlions autrefois de l’organisation de la révolution. L'idée qui régnait dans la: vieille social-démocratie que la révolution est un processus naturel et que, par conséquent, personne n’« a le droit » de préparer la révolution; est fausse. Nous devons organiser la révolution au moyen d'un travail parmi les masses et avant tout par un travail dans les syndicats. La renforcement de notre parti, la conquête des masses et le ralliement autour de la: bannière de la révolution, c'est l'organisation de la révolution..

Si vous savez remplir cette tâche, nous aurons bientôt en Europe Centrale également « une situation immédiatement révolutionnaire ». Mais si vous ne remplissez pas cette tâche, le prolétariat de l'Europe Occidentale ne sera pas en état, même dans les périodes les plus difficiles pour le capitalisme, de s'emparer du pouvoir, comme ce fut le cas en Italie et plusieurs fois déjà en Allemagne.

Mais si vous remplissez cette tâche « modeste », nous réaliserons, dans notre lutte, dans la lutte difficile, la plus grande alliance que le monde ait jamais vue : l'alliance des peuples de l’Extrême-Orient avec le régime de la dictature du prolétariat dans l'Union Soviétiste et avec le prolétariat en lutte des pays de l'Europe Occidentale. Si nous réalisons cette alliance, nous atteindrons notre but et réaliserons nôtre tache fondamentale : le communisme célébrera sa victoire internationale définitive. (Applaudissements enthousiastes.)

KOLAROV. — La séance est terminée, La prochaine séance aura lieu demain matin, à 10 heures.


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