1919

Un ouvrage qui servira de manuel de base aux militants communistes durant les années de formation des sections de l'Internationale Communiste.


L'ABC du communisme

N.I. Boukharine


1
Le régime capitaliste


11 : Le Capital

Nous voyons maintenant clairement ce qu’est le Capital. C’est, avant tout, une valeur déterminée, soit sous forme d’argent, de machines, de matières premières, de bâtiments, de fabriques, soit sous forme de produits fabriqués. Mais c’est une valeur qui sert à produire une nouvelle valeur : la plus-value. Le capital est une valeur qui produit la plus-value. La production capitaliste, c’est la production de la plus-value.

Dans la société capitaliste, les machines et les bâtiments représentent un capital. Mais sontils toujours du capital ? Non. S’il existait un mode fraternel de production pour toute la société, ni les machines, ni les matières premières ne seraient du capital, car elles ne serviraient plus à extraire du profit pour une poignée de riches. Donc, les machines, par exemple, ne deviennent du capital que dans la mesure où elles sont la propriété privée de la classe des capitalistes et servent à exploiter le travail salarié, à produire de la plus-value.

La forme de cette valeur est sans importance; elle peut consister tout aussi bien en de petites rondelles d’or qu’en papier-monnaie, avec quoi le capitaliste achète les moyens de production et la force de travail; cette valeur peut aussi prendre la forme de machines avec lesquelles travaillent les ouvriers, ou de matières premières qu’ils façonnent en marchandises, ou encore de produits manufacturés qui seront plus tard vendus. Mais, du moment que cette valeur sert à la production de la plus-value, c’est du capital.

Ordinairement, le capital ne quitte une forme que pour en prendre une autre. Voyons comment s’opère la transformation.

1. Le capitaliste n’a encore acheté ni force de travail, ni moyens de production. Mais il brûle du désir d’engager des ouvriers, de se procurer des machines, de faire venir des matières premières, du charbon en quantité suffisante. Pour le moment, il n’a rien, sauf de l’argent. Le capital se présente ici sous sa forme monétaire.

2. Avec cette provision d’argent, le capitaliste va au marché (pas en personne, bien entendu, car il y a pour cela le téléphone, le télégraphe, etc.). Là, se fait l’achat des moyens de production et de la force de travail. Le capitaliste retourne à la fabrique sans argent, mais avec des ouvriers, des machines, des matières premières, du combustible. Toutes ces choses ne sont plus maintenant des marchandises. Elles ont fini d’être des marchandises, du fait qu’elles ne sont plus à vendre. L’argent s’est transformé en moyens de production et en force de travail, il a quitté son enveloppe monétaire. Le capital se présente maintenant sous forme de capital industriel.

Puis, voilà le travail qui commence. Les machines entrent en action, les roues tournent, les leviers fonctionnent, les ouvriers et les ouvrières sont en nage, les machines s’usent, les matières premières diminuent, la force de travail s’épuise.

3. Alors, toutes ces matières premières, l’usure des machines, la force de travail en action se transforment, petit à petit, en monceaux de marchandises. Cette fois, le capital quitte son enveloppe matérielle d’instrument de fabrication, il apparaît comme un tas de marchandises. C’est le capital sous sa forme commerciale. Mais il n’a pas fait que changer d’enveloppe. Il a aussi augmenté de valeur, car au cours de la production, la plus-value s’y est ajoutée.

4. Cependant, le capitaliste fait produire des marchandises non pour son usage personnel, mais pour le marché, pour la vente. Ce qu’il a accumulé dans son entrepôt doit être vendu. Au commencement, le capital allait au marché comme acheteur, maintenant, il doit y aller comme vendeur. Au début, il avait en mains de l’argent et il voulait acquérir des marchandises (les moyens de production), maintenant il a en mains les marchandises et il veut obtenir de l’argent. Quand la marchandise est vendue, le capital passe à nouveau de sa forme commerciale à sa forme monétaire. Mais la quantité d’argent que reçoit le capitaliste n’est plus celle qu’il avait donnée au commencement, car elle s’est augmentée du montant de la plus-value.

Mais la circulation du capital n’est pas encore achevée. Le capital grossi est remis en mouvement et acquiert une quantité encore plus grande de plus-value. Cette plus-value s’ajoute en partie au capital et commence un nouveau cycle, et ainsi de suite. Le capital, pareil à une boule de neige, roule sans cesse, et, à chaque tour, une quantité grandissante de plus-value s’y agrège. C’est dire que la production capitaliste s’accroît et s’élargit. Voilà comment le capital soutire la plus-value à la classe ouvrière et se répand partout. Sa croissance rapide s’explique par ses qualités particulières. Certes, l’exploitation d’une classe par une autre existait déjà auparavant. Mais prenons, par exemple, un propriétaire terrien, au temps du servage, ou un maître possédant des esclaves dans l’antiquité. Ils opprimaient leurs serfs ou leurs esclaves. Tout ce que ceux-ci produisaient, les maîtres le mangeaient, le buvaient, le consommaient eux-mêmes ou le faisaient consommer par leur cour ou leurs nombreux parasites. La production des marchandises était très faible et on ne pouvait les vendre nulle part. Si les propriétaires ou les maîtres avaient voulu forcer leurs serfs ou leurs esclaves à produire des montagnes de pain, de viande, de poisson, etc., tout cela aurait pourri. La production se limitait alors à la satisfaction des besoins du propriétaire et de sa suite. Il en est tout autrement en régime capitaliste. On n’y produit pas pour la satisfaction des besoins, mais pour le profit. On produit la marchandise pour la vendre, réaliser un gain, accumuler du profit. Plus le profit est grand, mieux cela vaut. De là, chez la classe capitaliste, cette course insensée au profit. Cette soif du profit n’a pas de limites. Elle est le pivot, le moteur principal de la production capitaliste.


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