1971

"L'histoire du K.P.D. (...) n'est pas l'épopée en noir et blanc du combat mené par les justes contre les méchants, opportunistes de droite ou sectaires de gauche. (...) Elle représente un moment dans la lutte du mouvement ouvrier allemand pour sa conscience et son existence et ne peut être comprise en dehors de la crise de la social-démocratie, longtemps larvée et sous-jacente, manifeste et publique à partir de 1914."


Révolution en Allemagne

Pierre Broué

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Essai de définition du rôle d'un parti communiste


XIII: L'ère de Noske

Les combats de janvier à Berlin terminent la première phase de la révolution, celle des illusions démocratiques, comme disait Rosa Luxemburg, ou, si l'on préfère, celle de la croyance en la transition pacifique vers le socialisme. Deux mois de gouvernement social-démocrate n'ont réglé aucun des problèmes que se posent les travailleurs, réalisé aucun de leurs espoirs. La paix certes est revenue. On meurt pourtant dans toutes les villes d'Allemagne. On a froid et faim comme au plus dur de la guerre. Le suffrage universel n'a par lui-même réglé aucune des difficultés économiques. Épuisée par la tension des années de guerre, ravagée par les secousses de la défaite et de la révolution, la machine semble s'effondrer. Les usines ferment et le chômage s'étend : 180 000 chômeurs en janvier à Berlin, 500 000 en mars. Il n'y a plus assez de cargos ni de wagons pour transporter des vivres qu'il faudrait acheter, mais qu'on ne peut payer. Le marché noir continue de fleurir, enrichissant les trafiquants, mais corrompant toutes les couches sociales. Un monde s'effondre qu'aucune phrase ne peut ressusciter. Qui va lui succéder ?

La classe ouvrière a vu lui échapper une victoire qu'elle croyait tenir. Derrière ceux qui étaient ses chefs reconnus, certains désignent du doigt le visage même de ses pires ennemis. L'ère des promesses et de la croyance en un avenir facile s'évanouit. On est de nouveau dans la guerre - une autre forme de guerre -, on la subit ou on la mène. Parmi les travailleurs, on ne croit plus aux arbres de la liberté ni aux embrassades générales. On ne croit plus à rien, ou l'on prend un fusil. Contre les plus farouches de ces combattants ouvriers qui vivent leur apocalypse, se dressent le patronat, le corps des officiers et ces soldats de métier qui ont choisi le métier de la guerre civile, ces hommes sans espoir qui ne savent qu'obéir et se battre, ces « réprouvés », produits, eux aussi, de quatre années de guerre.

Tel est le premier volet du tableau. L'autre, c'est que les luttes ouvrières changent de caractère à partir de janvier : moins de manifestations et de défilés, mais des grèves plus dures. Moins de mots d'ordre politiques, mais des revendications économiques fondamentales. Les travailleurs continuent, ici ou là, à se battre les armes à la main, soit parce qu'ils veulent encore s'en prendre à la presse, soit parce qu'on tente de les désarmer. jour après jour, cependant, semaine après semaine, les troupes d'assaut révolutionnaires s'amenuisent sous le poids de la défaite et de la désillusion ; les assauts s'éparpillent alors même que grandit la conscience qu'une lutte d'ensemble dirigée et coordonnée par un centre unique pourrait seule venir à bout de la détermination des classes possédantes. Mais, dans une situation où son intervention aurait été décisive et où il pouvait trouver tous les éléments d'une construction rapide, le parti communiste est pratiquement absent.

L'assassinat de Liebknecht et de Rosa Luxemburg n'est pas le seul coup qu'il ait reçu. Franz Mehring ne survit que quelques semaines au double assassinat ; sa santé altérée n'a pas résisté au choc [1]. Au même moment, Johann Knief, tuberculeux depuis les années de guerre, s'alite : il mourra en avril, après une longue agonie clandestine [2]. Radek, traqué par toutes les polices, est arrêté le. 12 février, peut craindre pendant plusieurs jours pour sa vie, mais obtient finalement la protection d'une cellule de prison et le prestige de l'homme par qui l'on peut ouvrir une discussion avec les Russes [3]. Leo Jogiches qui, une fois de plus, tente de rassembler des débris de l'organisation, échappe pendant plus de deux mois à la police qui le traque. En mars pourtant, il est arrêté et abattu, sous prétexte, lui aussi, de « tentative' de fuite » [4]. Eugen Léviné, rescapé du massacre des défenseurs de l'immeuble du Vorwärts en janvier, organisateur et tribun, partout sur la brèche, est dépêché en Bavière par la centrale et, après l'écrasement de la république des conseils de Munich, pris, jugé condamné à mort et fusillé [5].

Pour diriger ces combats politiques aussi bien que militaires, faire le coup de feu contre les corps francs, dénoncer parmi les travailleurs parti majoritaire et dirigeants syndicaux, il n'y a pas d'organisation centralisée ni même homogène, seulement des groupes, des individus, voire des tendances. Une nouvelle direction des luttes émerge, qui ne compte pas dans ses rangs de communistes. Les efforts des délégués révolutionnaires berlinois sont relayés et élargis par ceux qu'accomplissent dans les autres régions industrielles d'autres militants, comme eux en général cadres syndicaux et membres du parti social-démocrate indépendant. Lors du congrès des conseils de décembre, les contacts se sont resserrés autour des Berlinois avec des hommes qui sont les dirigeants reconnus de larges secteurs ouvriers d'avant-garde, Otto Brass, du syndicat des métallos, de la Ruhr, Wilhelm Koenen, de Halle [6]. Dans la Ruhr et en Allemagne centrale, les conseils ouvriers ont eu dès le début un caractère moins proprement politique que dans le reste du pays, mais peut-être aussi une base plus large. Ils ont en tout cas conservé leur rôle au centre de l'activité ouvrière et c'est d'eux que partent les revendications économiques. Au cours de la deuxième phase de la révolution, c'est la lutte pour la socialisation qui entraînera dans la grève, puis le combat armé, des centaines de milliers d'ouvriers, social-démocrates compris.

La vague de janvier.

L'historien ouest-allemand Eberhard Kolb caractérise janvier comme le mois des « putschs communistes » [7]. Affirmation très répandue, mais discutable. Les putschs de janvier, dans l'Allemagne entière, ne constituent des putschs véritables que si l'on admet que le soulèvement berlinois en était un. La plupart du temps en effet l'action des militants révolutionnaires présente les mêmes caractères que celle de Berlin : offensive limitée, à moitié engagée, souvent inspirée par un réflexe de défense, elle tient plus du geste de colère que du complot et se résume le plus souvent à des manifestations armées et à des tentatives d'occupation de journaux social-démocrates ou réactionnaires. Engagée tantôt pour soutenir les révolutionnaires berlinois et tantôt pour protester contre la répression qui les frappe, elle tourne court, brisée généralement par l'action des autorités locales social-démocrates et la seule intervention des forces de police ordinaires ou des milices bourgeoises.

 A Dresde, le 9 janvier, une manifestation révolutionnaire qui se dirige vers les locaux du journal social-démocrate est dispersée par la police. Le 10, nouvelle manifestation, en force cette fois, et la police tire, faisant quinze morts dans les rangs des manifestants [8]. Le surlendemain, toutes les activités du K.P.D. (S) sont interdites [9]. A Stuttgart, le 10, manifestation armée, occupation des locaux du Neue Tageblatt et publication d'un organe révolutionnaire : le lieutenant Hahn, élu des conseils de soldats, placé par les social-démocrates à la tête de la police, fait arrêter pour « complot » tous les dirigeants communistes du Wurtemberg : Edwin Hoernle, Fritz Rück, Willi Münzenberg, Albert Schreiner [10]. A Leipzig, les communistes ont pris la tête de manifestations de chômeurs, occupé l'imprimerie d'un journal pour y tirer des tracts. Le conseil des ouvriers et des soldats, à forte majorité indépendante, condamne leur action et leur fait évacuer les lieux [11]. A Duisburg, le communiste Rogg, président du conseil des ouvriers et des soldats, a autorisé et couvert la saisie d'un journal social-démocrate : il est désavoué par le conseil et révoqué [12].

Ailleurs, la partie se termine par un match nul, au moins provisoirement. A Hambourg, une manifestation des révolutionnaires aboutit au sac du Hamburger Echo, le 9 janvier. Le lendemain, alors que se déroule une puissante contre-manifestation social-démocrate, des éléments de la police arrêtent le président du conseil local, Laufenberg, et il faut l'intervention de la milice ouvrière pour arracher sa libération. Le 11, heurt entre deux manifestations, et bataille rangée place de l'Hôtel de Ville entre manifestants social-démocrates et miliciens « rouges ». Laufenberg doit promettre la réélection prochaine du conseil au suffrage universel [13]. A Halle, chacun des camps semble successivement près de l'emporter. L'armée a réoccupé les casernes, et le conseil des ouvriers et des soldats se fait protéger par une milice organisée autour des marins rouges de Meseberg. Les échanges de coups de feu sont quotidiens. Le 12, les soldats tentent un coup de main contre la « Kommandantur rouge » : ils sont repoussés. Le 16,ils arrêtent Meseberg, mais doivent le remettre en liberté le lendemain sous la menace des mitrailleuses de Ferchlandt, qui commande la garde rouge [14].

La prise du pouvoir par les éléments révolutionnaires ne se produit qu'à Düsseldorf et à Brême. A Düsseldorf, c'est la milice ouvrière, appelée «régiment de sécurité », qui prend l'initiative pendant la nuit du 9 au 10 janvier, occupe les points stratégiques, arrête les principaux contrerévolutionnaires. Le conseil élit un exécutif de cinq membres présidé par l'indépendant Karl Schmidt, tandis que le communiste Seidel prend en mains la police [15]. A Brême, le conseil ouvrier a été réélu le 6 janvier. Les indépendants ont 8 520 voix et 58 élus, les social-démocrates 14 680 et 113 élus, les communistes 7 190 voix et 57 élus. Indépendants et communistes détiennent donc de justesse la majorité absolue. Les social-démocrates refusent de siéger [16]. Après des négociations fiévreuses entre dirigeants, au terme d'une manifestation de rues, l'indépendant Frasunkiewicz proclame la république des conseils sur le territoire de Brême. Un exécutif est désigné, formé de neuf commissaires du peuple, dont quatre communistes [17]. Dès le 14, la milice ouvrière doit intervenir pour réprimer une tentative de putsch appuyée par le président du conseil des soldats. Le nouveau gouvernement révolutionnaire laisse se dérouler, le 19, les élections à la Constituante, mais durcit son attitude devant les menaces d'intervention armée : le communiste Breitmeyer prend la tête de la police [18], le conseil envoie les communistes Jannack et Karl Becker prendre respectivement contact avec les autorités révolutionnaires de Leipzig et Hambourg pour leur demander secours [19]. Noske, qui vient d'apprendre que les mineurs de la Ruhr menacent de se mettre en grève si les corps francs attaquent Brême, décide de prendre le risque : en quarante-huit heures, la division Gerstenberg reprend la ville, faisant une centaine de, victimes. Le 4 au soir, l'ordre de Noske règne à Brême [20].

Les mineurs de la Ruhr entrent en grève.

Effectivement, à quelques jours près, la jonction pouvait s'effectuer entre Brême et la Ruhr, où l'agitation n'a cessé de grandir depuis novembre, où grèves et incidents se multiplient. A la fin de décembre, des éléments révolutionnaires, indépendants de gauche ou communistes, ont pris la majorité dans plusieurs villes, à Hamborn, Mülheim, Oberhausen notamment [21]. Les milices ouvrières s'organisent un peu partout et le premier heurt se produit avec elles devant Hagen, le 9 janvier, obligeant à la retraite le corps franc du capitaine Lichtschlag [22].

Ici, c'est la question de la socialisation qui est au centre de l'agitation ouvrière. Le congrès des conseils a décidé qu'il y serait procédé rapidement, en commençant par les mines de charbon. Le 11, le conseil des ouvriers et des soldats d'Essen, à l'unanimité, décide d'occuper les locaux du syndicat patronal et d'y installer ses propres commissions de contrôle : il s'agit pour lui des mesures concrètes d'application de la socialisation qu'il a décidée le 10 [23]. Dans toute la région, les social-démocrates suivent le mouvement, les uns parce que la socialisation est une vieille revendication à laquelle ils tiennent, les autres parce que l'agitation est à son comble et que la tenue même des élections serait compromise s'ils se heurtaient à la majorité ouvrière sur cette question. Le 13 se tient à Essen une conférence régionale des conseils d'ouvriers et de soldats qui approuve l'initiative du conseil d'Essen et désigne une commission chargée de préparer la socialisation des mines [24]. C'est la « commission des neuf », qui comprend trois social-démocrates, trois indépendants et trois communistes [25]. Dans un appel commun, les représentants des trois partis invitent les grévistes, ici ou là, à reprendre le travail puisque les mines vont être arrachées aux patrons [26]. Sur proposition du communiste Hammer, il est décidé de procéder, dans tous les puits, à l'élection de représentants ouvriers afin de construire sur tout le bassin houiller la pyramide des conseils [27].

Le gouvernement Ebert fait savoir qu'il approuve les revendications des mineurs, nomme commissaires du Reich en Rhénanie-Westphalie le haut fonctionnaire Röhrig, le magnat vRégler et le syndicaliste Hué [28]. Ni Hué ni Limbertz ne dissimulent qu'il s'agit avant tout d'apaiser l'agitation ouvrière dans ce secteur vital [29] et, le 19, les élections à l'Assemblée constituante se déroulent normalement dans toute la Ruhr.

Le 19, Noske fait approuver par l'Assemblée une ordonnance organisant provisoirement l'armée, la Reichswehr : le commandement lui en est confié en tant que ministre de la guerre, les sept points de Hambourg sont abrogés, les pouvoirs de conseils annulés, ceux des officiers rétablis [30]. En même temps, il a préparé la contre-offensive et la liquidation des conseils [31]. Le 27 au soir, ceux de Wilhelmshaven, que dirige un jeune instituteur communiste envoyé de Brême, Jörn, sont écrasés par un corps d'élite, la brigade de marine du capitaine Ehrhardt [32]. La division Gerstenberg - corps franc de 3 000 hommes - se met en marche dans la direction de Brême [33]. L'émotion est immense sur le littoral et, dans tous les conseils, les représentants socialdémocrates majoritaires participent aux protestations : le quotidien social-démocrate de Hambourg prend position contre son propre exécutif en dénonçant le danger du moment :

« Le militarisme prussien est sur le point de recevoir le pouvoir l'aide duquel il peut étrangler toute la révolution » [34].

L'exécutif du conseil de Hambourg vote à une forte majorité la mobilisation - armement du prolétariat compris - et le « soutien de Brême par tous les moyens militaires » [35]. Les troupes de Gerstenberg sont àBrême le 3 ; elles ont terminé le désarmement des milices ouvrières le 5. Le 9, c'est au tour de Bremershaven de tomber [36]. Le parti socialdémocrate de Hambourg renonce à la résistance. Mais à peine la république des conseils de Brême est-elle liquidée que la Ruhr tout entière se remet en mouvement.

Le 6 février, la conférence régionale des conseils confie à Karski - que la centrale du K.P.D. (S) vient d'envoyer dans la Ruhr - la tâche de conseiller de la commission des neuf [37]. Le 7, le conseil des soldats du 70 corps d'armée, qui siège près de Munster, s'émeut des rumeurs selon lesquelles les magnats du charbon auraient conclu un accord avec Noske et versé des sommes importantes pour la « reconquête » de la région minière par les troupes du général von Watter : il décide de ne pas reconnaître l'ordonnance du 19 janvier et de se proclamer autorité suprême dans la région [38]. Sur ordre de Noske, von Watter envoie à Munster le corps franc Lichtschlag [39]. Les membres du conseil des soldats sont arrêtés et un nouveau conseil « élu ». Le corps franc marche ensuite sur Hervest-Dorten, où un notable vient d'être assassiné, et s'en empare le 15, après un bref combat qui fait trente-six morts du côté des défenseurs [40]. Le président du conseil ouvrier, le communiste Fest, accusé du meurtre sans la moindre vraisemblance, est abattu par les soldats qui l'avaient arrêté [41]. Dans l'intervalle, le 14, une nouvelle conférence régionale, à Essen, a menacé de déclencher la grève générale si les troupes du général von Watter n'étaient pas retirées de la région minière [42]. Le meurtre de Fest et l'action de Lichtschlag précipitent les événements. Une conférence, réunie d'urgence à Mülheim, des délégués des conseils les plus radicaux lance le 16 le mot d'ordre de grève générale [43].

Les social-démocrates, dirigés par Limbertz, contre-attaquent à la conférence d'Essen, le 19 février. Ils exigent avant tout débat le désaveu de la conférence de Mülheim. Battus, ils quittent la salle [44].  Les 170 délégués restants, dont 28 social-démocrates, votent pour la grève générale jusqu'au retrait des troupes. Le même jour, il y a dix-neuf morts à Elberfeld, deux à Essen [45]. Le 20, on se bat dans toute la région, à Gelsenkirchen, Bochum, Bottrop, où il y a soixantedouze morts [46]. La situation est très confuse. Le revirement de dernière heure des social-démocrates, l'intervention des troupes donnent à la répression l'avantage de la surprise. Il y avait 183 000 grévistes le 20, il n'y en a plus que 142 000 le 22. Les dirigeants régionaux des conseils, notamment l'indépendant Baade, jugent plus sage d'accepter les ouvertures du général von Watter, qui déclare se contenter du désarmement des milices ouvrières et de la reprise du travail. Les négociations, conduites à Munster, aboutissent : la fin de la grève est proclamée, l'armistice conclu. Quarante-huit heures après, le général von Watter le déclare rompu par les ouvriers, et le corps franc Lichtschlag reprend l'offensive [47]. L'élan des ouvriers de la Ruhr est pour le moment brisé.

La vague rebondit ailleurs. Le 21 février, Kurt Eisner, le dirigeant indépendant des conseils de Bavière, est assassiné par un jeune officier [48]. En apprenant la nouvelle, le conseil d'ouvriers et de soldats de Mannheim, que dirigent l'indépendant Hermann Remmele et le communiste Stolzenburg, proclame la république des conseils [49]. A Leipzig, la majorité du conseil passe aux mains des indépendants de gauche, et Curt Geyer remplace Seger à la présidence [50]. Et surtout, le 24 février, la grève générale éclate en Allemagne centrale.

La grève générale.

Depuis décembre, les indépendants de gauche de l'Allemagne centrale, Koenen, Bernhard Düwell, les Berlinois avec Richard Müller, les gens de la Ruhr avec Otto Brass, ont tenté de coordonner leur action [51]. En fait, ils n'y parviendront pas et ne pourront réaliser le mouvement d'ensemble projeté, en l'absence d'une organisation révolutionnaire solide.

Le mouvement d'Allemagne centrale est pourtant remarquable par les efforts d'organisation et l'obstination lucide de ses dirigeants, les indépendants de gauche Wilhelm Koenen et Bernhard Düwell. Ils parviennent à rassembler autour du noyau des mineurs l'ensemble des corporations ouvrières décisives de la région, cheminots, ouvriers de l'industrie chimique, dont ceux de la Leuna où le frère de Wilhelm Koenen, Bernhard, préside le conseil ouvrier.

En janvier, ils ont réussi à organiser un conseil ouvrier régional provisoire qui, le 17, décide de placer sous son contrôle l'exploitation des mines de la région de Halle [52]. Le 27, les élections aux conseils ont lieu dans tous les puits. Le 29 se tient une conférence des conseils du district, où Wilhelm Koenen présente un rapport sur la socialisation [53]. Ainsi, pour eux, se prépare la jonction entre les travailleurs de la Ruhr et ceux de l'Allemagne centrale.

Le signal de l'action - la grève générale - devait être donné par le congrès des conseils, dont la convocation était primitivement prévue pour février, et qui, seul, aurait eu l'autorité nécessaire pour un tel mouvement d'ampleur nationale [54]. Mais le renvoi de ce congrès sous la pression des social-démocrates, les initiatives des corps francs et du général von Watter dans la Ruhr vont modifier ce plan. Et c'est au terme de la grève dans la Ruhr, au moment où les représentants de la conférence d'Essen se préparent à négocier que, réunis à Halle, les délégués des conseils d'Allemagne centrale lancent le mot d'ordre de grève générale à partifdu 24 février et appellent les ouvriers berlinois à les rejoindre [55]. La conférence, élue par les travailleurs de toutes les entreprises importantes et par nombre d'ouvriers de petites entreprises, est composée pour une moitié d'indépendants, communistes et majoritaires se partageant le reste à égalité [56]. L'objectif essentiel est la « socialisation par le bas », la «démocratisation de l'entreprise » [57]. La grève est presque totale dans le district de Halle dès le 24, et le 25, elle s'étend à la Saxe [58] : à Leipzig, les travailleurs consultés ont donné 34 012 voix pour, 5 320 contre [59]. Curt Geyer, à la tête du « comité restreint des cinq », fait occuper les points stratégiques par les milices ouvrières qui s'apprêtent à défendre la « république des conseils » et la grève [60]. Le 26 février, socialdémocrates et éléments bourgeois répliquent par une « contre-grève » : fonctionnaires, médecins, commerçants, arrêtent le travail à leur tour [61]. C'est à ce moment que Noske ordonne au général Maercker de rétablir l'ordre à Halle, afin de frapper le coeur du mouvement gréviste en train de faire tache d'huile [62] : les résultats des élections au conseil ouvrier du Grand Berlin montrent en effet que la grève risque de s'étendre à la capitale, où indépendants et communistes détiennent ensemble la majorité [63]. Les 3 500 chasseurs de Maercker sont àHalle au matin du 1" mars. Immédiatement submergés, menacés d'être dispersés et désarmés dans la foule, il se retranchent dans les casernes [64]. Le lendemain, un officier, reconnu en civil dans la rue alors qu'il effectuait une mission de renseignement, est lynché par la foule. Maercker donne l'ordre d'abattre sur place quiconque tente de résister [65]. Wilhelm. Koenen échappe de justesse à un enlèvement nocturne [66]. Karl Meseberg est moins heureux : il est arrêté par les chasseurs et disparaît. On retrouvera son cadavre le 19 : lui aussi a été abattu « au cours d'une tentative de fuite ». Depuis le 5 mars, la grève bat de l'aile Le 7, elle est terminée [67].

Or, à cette date, le mouvement vient de se déclencher à Berlin. Déjà, le 21 février, la centrale du K.P.D. (S) dans un appel publié dans Die Rote Fahne avait invité les ouvriers à se rassembler, dans les usines, dans des meetings et si possible des manifestations, afin d'exprimer leur opposition à l'intervention des corps francs dans la Ruhr [68]. Le 27 février, les ouvriers des entreprises d'Etat de Spandau appelaient à une grève de solidarité avec les ouvriers d'Allemagne centrale sur un programme de revendications minimales allant des augmentations de salaires à l'institution d'un tribunal révolutionnaire pour juger les chefs militaires et à l'élection immédiate de conseils d'usine [69]. Le 28 se réunit l'assemblée générale des conseils ouvriers de Berlin : sous la pression d'une délégation comprenant des représentants, membres des trois partis, des ouvriers de l'A.E.G. d'Hennigsdorf [70], elle commence à discuter de l'éventualité d'une grève générale de solidarité avec les grévistes d'Allemagne moyenne et du nord, mais est vite interrompue sous la pression des social-démocrates [71]. Elle élit avant de se séparer un nouveau conseil exécutif : les indépendants recueillent 305 voix, les majoritaires 271, le K.P.D. (S) 99 et les démocrates 95 : sept indépendants, sept socialistes, deux communistes et un démocrate sont élus au conseil exécutif [72]. Le nouvel exécutif, où indépendants et communistes ont ensemble la majorité, se retrouve en face du problème de la grève générale dont il est certain qu'elle n'a de chances d'aboutir que si les social-démocrates s'y rallient. Ces derniers s'efforcent d'empêcher la classe ouvrière berlinoise de se lancer dans l'action tant au moyen de propositions que de mises en garde : le 1"' mats la fraction social-démocrate à l'Assemblée nationale présente une résolution exigeant la socialisation ; le gouvernement dépose le 3 un projet en ce sens. Les représentants majoritaires des conseils ouvriers berlinois envoient le 2 une délégation à Weimar, et, le 3, dans le Vorwärts ils mettent en garde contre la grève générale [73].

Le 3 mars paraît dans Die Rote Fahne un appel signé de la centrale du K.P.D. (S), de sa fraction dans les conseils d'ouvriers et de soldats du Grand Berlin, des délégués communistes des grandes entreprises et de la direction du district du Grand Berlin [74] :

« L'heure est revenue. Les morts se lèvent à nouveau ! » [75].

Dressant le bilan des mois écoulés, il souligne :

« Les Ebert-Scheidemann-Noske sont les ennemis mortels de la révolution. ( ... ) La révolution ne peut aller de l'avant que sur le tombeau de la social-démocratie majoritaire » [76].

Dans cette perspective, il appelle les ouvriers berlinois à lancer la grève générale sur les mots d'ordre de réélection des conseils dans toutes les usines, désarmement des bandes contre-révolutionnaires, rétablissement de la liberté de réunion, constitution d'une garde rouge, retrait des troupes de toutes les zones industrielles occupées, libération des prisonniers politiques, arrestation des assassins de Liebknecht et Luxemburg, mise en accusation et jugement des chefs militaires et des dirigeants majoritaires « traîtres à la révolution » et complices des assassinats de janvier, paix immédiate et reprise des relations diplomatiques avec la république des soviets. Les responsables communistes insistent auprès des travailleurs pour qu'ils se réunissent, organisent leur grève, mènent les discussions nécessaires dans les usines mêmes :

 « Ne vous laissez pas entraîner à de nouvelles fusillades ! Noske n'attend que cela pour provoquer une nouvelle effusion de sang ! » [77].

Le même jour, plusieurs assemblées générales des ouvriers de grandes entreprises de la capitale, notamment Knorr-Bremse, de Lichtenberg, votent des résolutions en ce sens. Réunies en même temps que l'assemblée du conseil berlinois, les délégations de Siemens, Spandau, Schwarzkopf, entre autres, décident d'aller ensemble exiger le lancement du mot d'ordre de grève générale. Leur pression sur l'assemblée est décisive : la décision de grève générale est prise à une très large majorité, entraînant la presque totalité des délégués social-démocrates [78]. La résolution adoptée réclame la reconnaissance des conseils, l'exécution des sept points de Hambourg, la libération des détenus politiques et d'abord de Ledebour, la levée de l'état de siège, l'arrestation de toutes les personnes liées aux meurtres politiques, l'organisation d'une garde ouvrière, la dissolution des corps francs, la reprise de relations politiques et économiques avec le gouvernement soviétique [79]. Le conseil exécutif décide que la grève sera étendue à tous les journaux, àl'exception d'un organe d'information publié sous sa propre responsabilité [80].

Dès le lendemain pourtant, les représentants communistes se retirent du conseil qui fait fonction du comité de grève. Malgré leurs protestations, en effet, Richard Müller a défendu le principe de la participation à la direction du mouvement de délégués majoritaires - qui ont voté la grève -, au nom du respect de la démocratie. Le 4, parlant pour la fraction communiste Herfurt [81] déclare :

« La grève générale est dirigée contre le gouvernement dirigé par le S.P.D. et contre sa politique. Prendre les représentants de cette politique dans la direction de la grève signifie trahir la grève générale et la révolution. Les conséquences de cette trahison sont manifestes aujourd'hui, où presque toute la presse contrerévolutionnaire paraît, en particulier le Vorwärts, tandis que la presse révolutionnaire ne paraît pas. Le parti communiste d'Allemagne refuse de porter, de quelque façon que ce soit, la responsabilité de cette trahison. Pour manifester sa plus énergique protestation, il retire ses membres du conseil exécutif  » [82].

 Dès le 3 mars, jour de la proclamation de la grève, le gouvernement prussien, en vue « de protéger la population laborieuse du  Grand Berlin des entreprises terroristes d'une minorité et de lui éviter la famine », a proclamé l'état de siège [83]. Investi des pouvoirs civils et militaires, Noske interdit toute réunion publique en plein air, toute manifestation ou défilé, ainsi que la parution de nouveaux journaux, prévoit que toute infraction sera réprimée par les armes et passible des tribunaux militaires [84]. Dans la nuit du 3 au 4 mars, des incidents éclatent dans plusieurs quartiers de Berlin entre policiers et ouvriers [85]. Plusieurs pillages de magasins se produisent, dans lesquels les révolutionnaires et les grévistes vont dénoncer l'oeuvre de provocateurs [86]. Au matin du 4, tenant un prétexte, Noske donne aux corps francs l'ordre de marcher sur Berlin [87].

Le 4, une foule énorme se rassemble au début de l'après-midi sur la place Alexandre à proximité de la préfecture de police : la colère y monte rapidement quand parviennent les nouvelles des Incidents de Spandau : les corps francs ont désarmé les soldats qui gardaient le dépôt de mitrailleuses et des fusillades se sont produites [88]. Un détachement des corps francs de von Lüttwitz tente de pénétrer dans la foule : l'officier qui le commande est malmené, et les chars d'assaut interviennent, tirant sur la foule pour faire évacuer la place : c'est « une effroyable boucherie » [89]. Au conseil exécutif, Richard Müller, au nom des grévistes, se désolidarise des fauteurs de trouble et des auteurs de pillage. Le parti communiste, par tract, met en garde contre les tentatives de dévoyer le mouvement et de l'entraîner dans la voie des « putschs militaires » [90].

La situation s'aggrave encore le 5 mars, à la suite de l'intervention des corps francs contre un détachement de la division de marine à la gare de Lehrt. Une délégation des marins se rend à la préfecture de police, réclame la garde du bâtiment, qu'elle considère comme une garantie. Von Lüttwitz refuse. L'un des parlementaires, Rudolf Klöppel, est tué en sortant d'une balle dans le dos. L'incident est décisif : les marins, dans leur majorité, se retournent contre les corps francs et entament la lutte l'arme au poing, certains distribuant à la foule les stocks d'armes à leur disposition [91]. Le 6, les troupes de von Lüttwitz, chars d'assaut, mitrailleuses, mortier et artillerie, lancent l'assaut contre le Marstall et le bâtiment de la division marine [92]. Le parti communiste, par tract, souligne que les combats armés sont le fait des marins et de certaines unités de la défense républicaine qui ont en janvier, frappé les travailleurs dans le dos :

« Nous luttons pour le socialisme et contre le capitalisme, et leurs chefs luttent pour leurs postes militaires contre leurs employeurs avec qui ils se sont brouillés. C'est tout cela et plus encore qui nous sépare d'eux. Entre eux et nous n'existe aucune solidarité politique » [93].

Le même jour, l'assemblée du conseil des ouvriers connaît d'orageux débats. Les indépendants proposent de durcir la grève en l'étendant à la fourniture de l'eau, du gaz et de l'électricité. Les délégués socialdémocrates s'y opposent violemment : mis en minorité, ils quittent l'assemblée, démissionnent du comité de grève, lancent un appel à la cessation de la grève' qu'ils diffusent par tracts et affiches [94]. La commission des syndicats de Berlin, dominée par les majoritaires, prend position dans le même sens. Les uns et les autres dénoncent une mesure qu'ils jugent « aventuriste », dont ils disent qu'elle ne frappera que les quartiers ouvriers et qu'elle y rendra la grève impopulaire. La majorité est réduite. Richard Müller, à son tour, démissionne du comité de grève [95]. La riposte des troupes de von Lüttwitz est immédiate : ils occupent les centrales qui alimentent les quartiers bourgeois et y font rétablir le service par les soins de l'organisation de briseurs de grève, la Technische Nothilfe [96]. La grève est vaincue, aussi bien par Noske que par la défection des socialdémocrates. Le 7, l'assemblée générale des conseils se déclare favorable à la reprise du travail à cinq conditions : pas de sanction pour faits de grève, libération des détenus pour faits de grève, évacuation des usines occupées militairement, retrait des corps francs de Berlin, levée de l'état de siège et dissolution des tribunaux militaires d'exception [97].

Le 8 au matin, les combats ont cessé à peu près partout marins et francstireurs ouvriers ont été chassés du centre de la capitale où ils ont pendant quelque temps tiraillé des toits. Le comité de grève, admettant la défaite, lance l'ordre de reprendre le travail sans conditions, après des pourparlers infructueux avec Noske [98]. Le dernier secteur où l'ordre ne soit pas complètement rétabli est celui de Lichtenberg, et des bruits alarmants ont déjà circulé sur le sort de sa garnison. Dans la matinée du 9 mars, la rédaction berlinoise de la Berliner Zeitung am Mittag est prévenue par un haut fonctionnaire militaire que la direction de la police de Lichtenberg a été prise d'assaut et ses soixante-dix occupants sauvagement massacrés. Comme le rédacteur en chef hésite à publier une telle nouvelle, il reçoit un second coup de téléphone du conseiller Doyé, un des principaux fonctionnaires du ministère de l'intérieur, qui confirme l'information et demande sa publication immédiate, au besoin dans une édition spéciale. La vérité est que cinq policiers ont trouvé la mort au cours de bagarres de rue [99]. Mais Noske saisit l'occasion tendue et vraisemblablement bien préparée ; il fait placarder sur les murs de Berlin l'avis suivant :

« La brutalité et la bestialité des spartakistes qui luttent contre nous m'obligent à donner l'ordre suivant : toute personne prise les armes à la main dans la lutte contre le gouvernement sera fusillée séance tenante » [100].

Le soir et le lendemain, 10 mars, la presse se déchaîne contre les « assassins ». Le Vorwärts déclare que cette décision est « l'unique réplique possible aux atrocités de Lichtenberg » [101]. La garde montée, dans un ordre du jour, annonce qu'elle fusillera sur place toute personne chez qui on aura trouvé des armes [102]. Ainsi orchestré, le véritable massacre, le seul de cette semaine sanglante, commence, perpétré précisément par ceux qui dénoncent celui, imaginaire, de Lichtenberg. Noske admettra dans ses mémoires le chiffre de 1200 victimes civiles [103] ; les révolutionnaires pensent que le nombre réel était proche de 3 000, dont plusieurs centaines de fusillés sans jugement [104]. Le prétendu « massacre de Lichtenberg » a son pendant, malheureusement authentique, lui, dans l'exécution à la mitrailleuse de vingt-neuf marins, arrêtés par surprise au moment où ils venaient chercher leur solde [105]. L'exécuteur, le lieutenant Marloh, les a choisis pour « leur air intelligent » parmi plusieurs centaines de prisonniers, après avoir reçu du colonel Reinhard l'ordre d'en fusiller « cent cinquante si nécessaire » [106]. Noske écrira :

« Un fait aussi triste ne pouvait se produire que dans une atmosphère saturée de sang » [107].

Dans la masse des victimes anonymes se retrouve Leo Jogiches, arrêté le 10 mars et abattu pour « tentative de fuite » par le brigadier Tamschik, chef de poste de police [108].

La liquidation des derniers foyers.

La Ruhr avait repris le travail au moment où l'Allemagne centrale se mettait en grève. La grève commençait à Berlin quand les ouvriers d'Allemagne centrale revenaient vers les usines et les mines. Au moment même où s'éteignent dans la capitale les derniers combats, la Ruhr entre de nouveau en ébullition.

Dès le début de mars, les social-démocrates qui avaient quitté la commission des neuf aussitôt après les élections lancent une violente campagne contre elle et en particulier contre Karski [109], accusé de la conduire au nom des intérêts bolcheviques à un sabotage des houillères, puisque appelant à la grève au moment même où vient d'être acquis le principe de la nationalisation [110]. En même temps, gardes bourgeois et corps francs s'emploient à réduire les noyaux ouvriers les plus durs [111]. Mais la température remonte pendant tout le mois de mars, dans les mines et la métallurgie [112]. Le syndicat des mineurs menace d'exclure ceux qui participeraient à la conférence des conseils convoquée à Essen pour le 30 mars [113]. Les 475 délégués, représentant 195 puits, décident, contre huit opposants, et en considération de la trahison du mouvement de janvier par l'organisation syndicale, de fonder une nouvelle organisation, l'Union générale des mineurs. Ils décident à l'unanimité la grève des mineurs le 1- avril sur les revendications mêmes qui étaient celles de la grève berlinoise de mars [114]. Ils élisent un conseil central de neuf membres, cinq indépendants, dont Teuber, et quatre communistes [115]. La grève générale se prolongera dans la Ruhr pendant tout le mois d'avril et sera marquée par « une répression simple et sanglante », comme dit Rudolf Coper [116]. Le 7 avril, le social-démocrate Severing est nommé commissaire du Reich [117]. Le 9. Lichtschlag fait arrêter les neuf à Essen [118]. Une vive opposition se manifeste dans toutes les réunions du syndicat des mineurs, le nombre des grévistes augmente, passant de 158 592 au 1" avril à 307 205 le 10, selon le syndicat « majoritaire ». Le 15, les corps francs entrent l'arme au poing dans la salle où se réunit la nouvelle direction clandestine de la grève, tirent sur les délégués qui s'enfuient, arrêtent les autres. Il y a quarante-cinq morts à Düsseldorf, des expéditions punitives contre Hagen et Remscheid, à Dortmund et Bochum, où sont réprimées des émeutes de la faim. La résistance des populations, terriblement touchées, faiblit : il n'y a plus que 128 776 mineurs grévistes le 20 avril, et le mouvement meurt lentement [119]. Au début mai, l'ordre de Hugenberg, Vögler, Krupp et Thyssen règne à nouveau dans la Ruhr.

Il va bientôt régner sur toute l'Allemagne. Le 6 avril, le gouvernement socialiste a fait arrêter à Magdebourg Alwin Brandes, dirigeant indépendant et deux de ses camarades. Les milices ouvrières, le « régiment de la garde » que dirige Artelt, chef des mutins de Kiel en novembre, riposte en arrêtant deux otages, le ministre Landsberg et le général von Kleist [120]. Les troupes du général Maercker marchent sur la ville qu'elles occupent le 10, dispersant une manifestation ouvrière en faisant sept morts [121], libérant les otages, désarmant les miliciens, arrêtant les dirigeants indépendants [122].

Le 12, pourtant, elles plient bagage, laissant sur place trois bataillons, et prennent la direction de Brunswick, où le conseil, sous l'impulsion de l'indépendant Sepp OErter, dispose de milices solides et où vient de se déclencher une grève des cheminots [123]. Renforcés par la brigade de marine du capitaine Ehrhardt, les chasseurs lancent l'attaque le 17 au matin, et la ville tombe sans résistance [124]. Les principaux dirigeants révolutionnaires sont arrêtés, mais Eichhom et Dorrenbach, réfugiés à Brunswick au lendemain des journées de janvier, échappent pour la seconde fois aux corps francs [125].

Bientôt va venir le tour de la Saxe ouvrière. Le 12 avril, une manifestation de mutilés de guerre, à Dresde, dégénère en violences : Neuring, l'ancien président du conseil des ouvriers et des soldats de la ville, ministre de la guerre du gouvernement saxon, refuse de discuter de leurs revendications avec une délégation qui comprend un communiste. Il est lynché et jeté à l'Elbe [126]. Noske proclame l'état de siège [127]. De Magdebourg, le général Maercker envoie le lieutenant-colonel Faupel, avec 1500 hommes, mais ce dernier va se contenter de tenir fermement Dresde, car il estime ses effectifs insuffisants [128]. Son arrivée provoque le durcissement des dirigeants de Leipzig : sous la poigne énergique d'un « comité des cinq », qu'animent Curt Geyer et son camarade de parti le syndicaliste Arthur Lieberasch, ils se préparent à une résistance qui prévoit la proclamation de la grève générale à la première attaque [129]. Leipzig, que l'on dit protégée par 60 000 miliciens ouvriers armés, est parfaitement calme [130]. Die Rote Fahne et la centrale du K. P. D. (S) y ont cherché refuge. Le 10 mai, estimant le danger écarté, les « cinq »annoncent la levée du dispositif d'alerte. La nuit suivante, les chasseurs de Maercker entrent par surprise et occupent la ville, où ils brisent énergiquement la grève générale de protestation [131]. Sur leur élan, ils prennent Eisenach le 19 mai [132] et réussissent à y capturer Dorrenbach, qui sera abattu à la prison de Moabit, dans les mêmes conditions que Jogiches et par le même gardien [133]. Puis ils réduisent Erfurt, que dirigeait le conseil ouvrier sous l'indépendant Petzold [134].

 A cette date, pourtant, le centre de leur activité s'est tourné vers la Bavière. L'assassinat de Kurt Eisner y avait ouvert une période de confusion extrême, sous l'égide du gouvernement du social-démocrate Hoffmann. Le 7 avril, la république des conseils est proclamée à Munich par une curieuse coalition dans laquelle figurent indépendants, anarchistes et même le ministre majoritaire Schneppenhorst. Aucune explication entièrement satisfaisante n'a pu être don-née de cette étrange initiative, et la thèse de la provocation ne peut encore être absolument écartée. Les communistes de Munich, récemment réorganisés sous la direction énergique d'Eugen Léviné [135], dénoncent cette « mascarade », cette « pseudo-république des conseils » sans autre perspective qu un combat inégal et qui va fournir un opportun prétexte à l'intervention des corps francs.

Il est dans ces conditions difficile de comprendre pourquoi, en riposte àune tentative de putsch contre-révolutionnaire à Munich le 13 avril, les communistes prennent à leur compte la défense du pouvoir des conseils à Munich [136], alors que les perspectives ne sont pas fondamentalement modifiées par le fait que les communistes se sont assuré la majorité dans les conseils d'usine de la capitale bavaroise. Un comité exécutif, dirigé par Léviné, prend en main l'organisation d'une défense sans espoir [137]. Un succès de P « armée rouge » bavaroise, que dirige le poète Ernst Toller, décide le gouvernement Hoffmann à faire appel aux corps francs. Les révolutionnaires munichois, déchirés jusqu'au dernier moment par des querelles, qu'ils tentent de régler à coups de putsch, se battront avec acharnement contre les hommes du général von Oven, parmi lesquels se distingue la brigade de marine Ehrhardt. Les soldats nettoient au lanceflammes les derniers îlots de résistance [138].

 L'exécution, au cours des dernières heures, de dix conspirateurs monarchistes, et l'arrestation comme otages de plusieurs centaines de notables de la ville sur ordre du jeune commandant communiste de l'armée rouge Rudolf Egelhofer, serviront à alimenter la légende des exécutions massives d'otages par ces nouveaux « Communards », et joueront ici le même rôle que le « massacre de Lichtenberg » à Berlin. Plusieurs centaines de révolutionnaires bavarois sont exécutés sans jugement, dont Egelhofer et Gandorfer, Landauer étant battu à mort. Toller et Mühsam, le poète anarchiste, sont condamnés à de lourdes peines. Quant à Léviné, présenté comme un agent bolchevique, il est jugé par une cour martiale, condamné à mort et fusillé [139]. C'est devant ses juges qu'il prononce la phrase célèbre : « Nous autres, communistes, sommes tous des morts en sursis ! » [140].

Pendant des années, la propagande de la grande presse et de la droite fera de la révolution munichoise l'épouvantail du grand soir où se déchaînent les criminels de droit commun et Munich, bastion de la réaction, sera le berceau du nazisme.

Avec la république des conseils de Munich, la révolution allemande commencée le 7 novembre 1919 semble avoir jeté ses derniers feux. En réalité, c'est toute la vague révolutionnaire d'après guerre qui reflue sans avoir débordé au-delà des territoires des pays vaincus. Avec elle disparaissent les illusions nourries pendant cette période sur la facilité de la prise du pouvoir.

La proclamation pacifique de la république soviétique de Hongrie avec Béla Kun le 21 mars 1919 avait semblé un moment indiquer que la révolution européenne allait s'étendre comme une tache d'huile. Dans l'Autriche couverte de conseils ouvriers où les social-démocrates refusent, eux aussi, de revendiquer le pouvoir pour les conseils et se rallient à l' « Assemblée nationale » [141], le parti communiste semble progresser à pas de géant, passant entre mars et mai de 10 000 à 50 00 membres [142] ; une république soviétique slovaque est proclamée [143]. Mais ainsi que l'écrit Yvon Bourdet,

« par leur refus de prendre le pouvoir-, les socialistes autrichiens interrompaient la chaîne de la révolution sociale ; s'ils avaient agi autrement, les trois républiques prolétariennes se seraient réciproquement renforcées et auraient sans doute provoqué un élan révo lutionnaire irrésistible qui se serait propagé dans l'Europe entière » [144].

Ni les communistes autrichiens ni les communistes hongrois ne sont àmême de comprendre cette donnée de fait. Béla Kun - à qui pourtant les communistes russes reprocheront plus tard l'unité réalisée avec les socialdémocrates hongrois - tente de forcer à Vienne le cours de l'histoire. A la mi-mai, son émissaire, Ernst Bettelheim, néophyte zélé à l'image des gauchistes allemands, arrive à Vienne, muni de fonds importants et prétendant agir au nom de l'Internationale communiste. Le 26 mai, il obtient d'un comité central élargi la formation d'un « directoire » de trois membres chargé de préparer la prise du pouvoir. Le « comité des soldats révolutionnaires » qu'il inspire prépare l'insurrection pour le 15 juin, terme fixé par la commission d'armistice pour une réduction massive des effectifs des milices ouvrières [145]. Mais, Le 13, les dirigeants socialdémocrates, ayant eu vent du complot, commencent leurs préparatifs préventifs. Otto Bauer, qui est secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, obtient des Alliés qu'ils renoncent à la clause du désarmement partiel des milices, lequel procurerait à l'insurrection des troupes armées de miliciens redoutant le chômage [146]. A l'initiative de Friedrich Adler, le conseil ouvrier de Vienne - où les communistes ne constituent qu'une minorité, le dixième environ - condamne l'insurrection projetée et, le soir même, malgré Bettelheim, le directoire communiste la décommande [147]. C'est en vain que Béla Kun télégraphie que « tout est prêt » et qu'il s'agit d'une « question de vie ou de mort » [148]. Les dirigeants communistes décident d'organiser, à la place de l'insurrection prévue, une grande manifestation. Mais l'arrestation dans toutle pays de plusieurs centaines de militants communistes dans la nuit du 14 au 15 va transformer cette manifestation, le 15, en émeute, faisant vingt morts et des centaines de blessés [149].

La défaite de Vienne condamne la « Commune de Budapest ». Aux prises avec des difficultés insurmontables dans le domaine économique, manquant d'expérience, pris à la gorge par l'opposition des paysans à des mesures de communisme de guerre, par une contre-révolution sûre de ses appuis extérieurs, serré de près par les armées alliées qui ont des agents jusque dans ses étatsmajors, le gouvernement de Béla Kun finit par démissionner le I° août entre les mains du soviet de Budapest. Quelques jours après, les troupes roumaines entrent dans la capitale hongroise, où s'installe le gouvernement de l'amiral Horthy : la terreur blanche commence [150].

L'ordre règne de nouveau dans toute l'Europe centrale : la jonction ne s'est pas réalisée entre les révolutions allemande, autrichienne et hongroise, et la révolution russe. Pourtant, dans toute l'Europe - et particulièrement en Allemagne - se poursuit l'organisation des révolutionnaires commencée pendant la guerre et dont le retard apparaît à beaucoup comme l'une des causes essentielles de cette sanglante défaite.


Notes

[1] Il se meurt le 29 janvier 1919 (Ill. Gesch., p. 519).

[2] Bock (op. cit., p. 432) précise qu'il mourut le 6 avril 1919 des suites d'une opération d'appendicite.

[3] Radek, November..., passim.

[4] Ill. Gesch. , p. 367.

[5] Condamné le 4, il est exécuté le 6 juin 1919 (El. Gesch., p. 396).

[6] Vorwärts und..., p. 397.

[7] Kolb, op. cit., p. 315.

[8] Ibidem, pp. 315-316.

[9] Ibidem, p. 316.

[10] Ill Gesch.,  p. 376 ; Kolb, op. cit., p. 315.

[11] Ibidem, p. 299 ; Vorwärts und..., p. 411.

[12] Kolb, op. cit., p. 315;

[13] Vorwärts und...,  p. 259 ; Comfort, op. cit., p. 54.

[14] Vorwärts und..., p. 370-371.

[15] Ibidem, p. 484.

[16] Ibidem, p 198.

[17] Ibidem, p. 199.

[18] Ibidem, p. 202.

[19] Ibidem, p. 184.

[20] Vorwärts, 5 janvier 1919.

[21] Ill. Gesch., p. 314-315.

[22] Ibidem, p.  115.

[23] Von Œrtzen, op. cit., p. 213.

[24] Spethmann, op. cit., pp. 149 sq. ; Ill. Gesch., pp. 313 sq.

[25] Ibidem, Von Œrtzen, op. cit., p. 113 ; l'appel de la « commission des neuf » pour la socialisation, dans Dok. u. Mat., II/3, pp. 56-58.

[26] Dok. u. Mat., II/3, p. 59.

[27] Ill. Gesch., p. 317.

[28] Ibidem, p. 318.

[29] Voir des citations de leurs discours, ibidem, p. 318.

[30] Texte dans G. Ritter et S. Miller, op. cit., pp. 188-190.

[31] Noske, op. cit., pp. 78-79. 32.

[32] Ill. Gesch., p. 341.

[33] Ibidem,  p. 342.

[34] Hamburger Echo, 31 janvier 1919, cité par Comfort, op, cit., p. 70.

[35] Ibidem, p. 70.

[36] Ibidem, pp. 345-346.

[37] Ill. Gesch., p. 320.

[38] Ibidem.

[39] Ibidem, p. 321.

[40] Ibidem, pp. 320-321.

[41] Ibidem, p. 322.

[42] Ibidem, p. 321-322.

[43] Ibidem.

[44] Ibidem, p. 322-323.

[45] Ibidem, p. 323.

[46] Ibidem, p. 324.

[47] Ibidem, p. 326.

[48] Ibidem, p. 326.

[49] Vorwärts und...., pp. 515-518, 536.

[50] Kolb, op. cit.., p. 299.

[51] Ibidem, p. 125.

[52] Von Œrtzen, op. cit., p. 136.

[53] Ibidem, pp. 136-137.

[54] Ibidem, p. 86, n. 2.

[55] Ill. Gesch., p. 373.

[56] Ill. Gesch., p. 373.

[57] Ibidem, Von Œrtzen, op. cit., p. 143.

[58] Résolution des conseils de Leipzig dans Dok. u. Mat., II/3, p. 200.

[59] Ibidem, p. 201.

[60] Kolb, op. cit., p. 299.

[61] Benoist-Méchin, op. cit., p. 226.

[62] Ibidem, pp. 226-227.

[63] Ill. Gesch., p. 359.

[64] ibidem, p. 376, Benoist-Méchin, op. cit., p. 227.

[65] Ibidem, pp. 228-229.

[66] Vorwärts und...., pp. 402-403.

[67] Ill. Gesch. p. 377.

[68] Die Rote Fahne, 21 février 1918 Dok. u. Mat., II/3, pp. 181-182.

[69] Die Rote Fahne, 1° mars 1919; Dok. u. Mat., II/3, p. 202.

[70] Ibidem, p. 204.

[71] Ill. Gesch., p. 359 précise que la réunion s'est terminée à 15 heures, le local devant être libéré pour un bal.

[72] Ibidem, les élections dans les usines s'étaient déroulées avec listes concurrentielles et non sur « accord » et « parité » comme en novembre.

[73] Ill. Gesch., p. 359.

[74] Die Rote Fahne, 3  mars 1919 ; Dok. u. Mat., II/3, pp. 282-286.

[75] Ibidem, p. 282.

[76] Ibidem, pp. 283-284.

[77] Ibidem, p. 285.  Noske était revenu dans la nuit du 1°  au 2 mars (Noske, op. cit., p. 101).

[78] Ill. Gesch., p. 360.

[79] Dok. u. Mat., p. 389.

[80] Ill. Gesch . p. 360. Le premier numéro parut le 4 mars sous le titre Mitteilungsblatt des Vollzugsrats der Arbeiter und Soldatenrâte Gross-Berlins.

[81] A l'époque, un des dirigeants gauchistes du K.P.D. à Berlin. Il passera dans l'opposition, puis au KA.P.D. gauchiste et à la Ligue des communistes de Laufenberg, avant d'être démasqué comme provocateur au service de la Reichswehr (Freiheit, 25 mars 1921).

[82] Dok. u. Mat., p. 291.

[83] Noske, op. cit., p. 103.

[84] Ibidem, p. 104.

[85] Ill. Gesch.,  p. 361. Noske va jusqu'à parler de « trente-deux postes de police attaqués » (op. cit., p. 105).

[86] Benoist-Méchin attribue ces pillages à « des éléments douteux » mais déclare peu probable l'intervention de « provocateurs » (p. 234). Thèse inverse dans Ill. Gesch., p. 362.

[87] Noske, op. cit., p. 106.

[88] Ill. Gesch. p. 363.

[89] Benoist-Méchin, op. cit., I, p. 236.

[90] Dok. u. Mat., II/3, p. 292.

[91] Ill. Gesch., p. 362 ; Benoist-Méchin, op. cit., p. 237.

[92] Ibidem, pp. 237-239.

[93] Tract mentionné par Ill. Gesch., p. 362, reproduit dans Noske, op. cit., p. 110. L'historien soviétique V. F. Chelike (p. 187) assimile l'attitude de la centrale du K.P.D.(S) et de Paul Levi au cours des journées de mars à Berlin à celle des communistes de Munich, que ce dernier devait traiter de « putschistes » ; mais les textes qu'il cite ne sont pas convaincants par rapport à l'ensemble de ceux qui sont connus par ailleurs (« Natchalo Martovskikh boev 1919 v Berline », Nojabr'skaja Revoliutsija, pp. 169-198). Rappelons (cf. note 21) que le représentant de la fraction communiste, le gauchiste Herfurt qui refusa de siéger au comité de grève, était au service de la Reichswehr, ce que l'historien soviétique semble ignorer.

[94] Ill. Gesch., p. 364.

[95] Ibidem.

[96] Coper, op. cit., p. 241.

[97] Dok. u. Mat., II/3, pp. 302-303.

[98] Ill. Gesch., p. 364.

[99] Ill. Gesch., p. 365 ; Benoist-Méchin, op. cit., I, p. 241.

[100] Noske, op. cit., p. 120, dit que là est la source de la « rumeur », le nombre de victimes ayant été grossi dix fois.

[101] Benoist-Méchin, op. cit., p. 242. Noske, op. cit., p. 109, ne cite que la deuxième partie de la phrase.

[102] Benoist-Méchin, op. cit., p. 242.

[103] Noske, op. cit., p. 110.

[104] Ill. Gesch., p. 367. Benoist-Méchin, op. cit., p. 247, estime 10000 le nombre des blessés civils.

[105] Ill. Gesch., p. 369.

[106] Ibidem, pp. 369-371. Le rapprochement est saisissant avec l'épisode de l'exécution des communards sur l'ordre du général de Galliffet.

[107] Noske, op. cit., p. 110.

[108] Ill. Gesch., p. 367.

[109] Horst Schumacher, Sie nannten ibn Karski, pp. 171-172 ; le Vorwärts du 4 avril parlera du « bolcheviste russe Dr Karski ».

[110] Ill. Gesch., p. 327.

[111] Ibidem, pp. 328-329.

[112] Ibidem, p. 327.

[113] Ill. Gesch., pp. 29-31.

[114] Dok. u. Mat., II//3, pp. 343-344.

[115] Ill. Gesch., p. 329.

[116] Coper, op. cit., p. 243.

[117] Ill. Gesch., p. 331.

[118] Ill. Gesch., p. 332.

[119] Ibidem, p. 333.

[120] Ibidem, p. 378, Benoist-Méchin, op. cit., p. 283.

[121] Ibidem, pp. 286-287.

[122] Ill. Gesch., p. 380.

[123] Benoist-Méchin, op. cit., p. 290 ; Kolb, op. cit., pp. 294-295.

[124] Ill. Gesch., p. 381 ; Noske, op. cit., pp. 127-129.

[125] Ill. Gesch., p. 381.

[126] [Ill. Gesch., p. 382 ; Noske, op. cit., pp. 144-145.

[127] Noske, op. cit., pp. 145.

[128] Benoist-Méchin, op. cit., p. 342.

[129] Appel de l'U.S.P.D. de Leipzig à la résistance dans Dok. u. Mat., II/3, pp. 395-398.

[130] Kolb, op. cit., p. 300.

[131] Ill. Gesch., p. 382.

[132] Ibidem, pp. 382-383.

[133] Ibidem, p. 368.

[134] Mitchell, Revolution in Bavaria, pp. 305-307.

[135] Ibidem, p. 309. Le 18 mars, la centrale dirigée par Levi lui avait écrit qu'il fallait absolument éviter tout prétexte à une intervention militaire (lettre de la centrale, ibidem, p. 308). Léviné était arrivé à Munich le 5 mars et y avait épuré le parti, le réorganisant sur la base des cellules d'usine et mettant fin à l'étroite collaboration avec les anarchistes menée avant lui sous la direction de Max Levien (Ibidem, p. 308).

[136] Mitchell, op. cit., pp. 318-320 ; Beyer, Von der Novemberrevolution zur Räterepublik in München, pp. 93-97.

[137] Beyer, op. cit., pp. 97-102.

[138] Ill. Gesch., p. 396; Benoist-Méchin, op. cit., I, pp. 335-337.

[139] Mitchell, op. cit., pp. 330-331 ; Beyer, op. cit., pp. 136-138.

[140] Die Aktion, 1919, p. 485. Son discours devant le tribunal vient d'être réédité dans Die Münchner Rätepublick, témoignages et commentaires, publié sous la direction de Tankred Dorst, pp. 157-167. Ici, p. 167.

[141] Présentation par Yvon Bourdet de Max Adler, Démocratie et conseils ouvriers, pp. 33-35.

[142] L. Laurat, « Le Parti communiste autrichien », Contributions à l'histoire du Comintern, p. 77.

[143] Ibidem.

[144] Yvon Bourdet, op. cit., p. 32.

[145] Laurat, op. cit., p. 77.

[146] Ibidem, p. 78 ; Bourdet, op. cit., p. 34.

[147] Laurat, op. cit., pp. 78-81 ; Bourdet, op. cit., p. 35.

[148] Cité d'après 0. Bauer, Die Osterreichische Revolution, pp. 140-142, et E. Bettelheim, Der Kampf, 1919, pp. 646-649, par Julius Braunthal, Geschichte der Internationale, II, p. 162.

[149] Laurat, op. cit., pp. 78-81 ; Bourdet, op. cit., p. 35. Ce que l'on appellera la « Bettelheimerei » est soumis dès le 30 octobre, dans Die Rote Fahne, à une critique féroce d'Arnold Struthahn - en réalité, Karl Radek -, qui développera ses attaques contre cette conception « putschiste » et « semi-blanquiste » étrangère au communisme dans le n° 9 de Die Kommunistiscbe Internationale sous le titre « Die Lehren eines Putschversuches ».

[150] Borkenau, op. cit., pp. 130-133.


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