1940

Source : Œuvres, T. XXIII.

Déclaration à la presse (T4844), traduite du castillan, avec la permission de la Houghton Library.

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Léon Trotsky

Œuvres

J’« avoue » avoir payé Laborde et Cie

8 mai 1940

Ces derniers temps, mes amis m’ont demandé avec insistance pourquoi je ne répondais pas publiquement à l’accusation formelle qui a été lancée contre moi par les chefs du parti dit « communiste » du Mexique selon laquelle je suis associé aux principaux complices et de la conspiration « contre-révolutionnaire » au Mexique.

Selon mes amis, mon silence peut être mal interprété par des personnes peu informées. Je ne le crois pas. Au cours des dernières années, le Kremlin et son Comintern ont clairement montré leurs méthodes de mensonge, de cynisme, de trahison et de falsification, donnant ainsi une leçon profitable à l’opinion publique mondiale. Mes accusateurs mexicains démontrent qu’ils ne sont que de petites ombres bien pâles du Super-Borgia du Kremlin.

Au lieu de réfuter, je me contenterai pour cette fois de faire un de ces « aveux volontaires » identique à ceux qui se font dans les procès de Moscou et pas moins véridique.

Le congrès du parti « communiste » du Mexique a été informé que les « trotskystes » avaient financé M. Laborde ? – le même qui exigeait mon arrestation, mon expulsion du Mexique et ma remise aux mains du G.P.U. Eh bien, « j'avoue » que c’est vrai que j'ai financé autant que je l’ai pu Laborde et compagnie, afin de les aider à se compromettre le plus vite possible eux-mêmes et leurs maîtres du Kremlin.

Néanmoins, les nouveaux dirigeants du P.C. qui découvrent mon action dans la conspiration taisent cette circonstance qui sera certainement découverte par les épurateurs à venir, à savoir que je « continue » à les financer eux-mêmes deux fois plus parce que, selon mes calculs, ils doivent redoubler d’efforts pour continuer le fructueux travail de M. Laborde.

Je suis désolé de ne pouvoir les payer mieux, mais je n’ai pas à ma disposition la caisse de l’État.

J’indiquerai, entre parenthèses, qu’un autre groupe de moindre importance est venu récemment informer l’opinion publique du fait que je soutiendrais la III° Internationale de Staline et préparerais l’unification de la III° et de la IV° [1]. Je me vois obligé, pour prévenir toute erreur, de faire connaître qu’à ces bouffons-là, je ne paierai rien. Ils se discréditent en effet eux-mêmes, avec un total désintéressement [2].

Notes

1

Nous n'avons pas identifié ce groupe avec certitude. Nous pensons qu'il peut s'agir du groupe animé par Diego Rivera qui lançait des accusations de ce type de « défense du stalinisme » par Trotsky.

2

Dans une déclaration envoyée à la presse (El Universal, 12 mai 1940) en termes très violents, Laborde qualifia ce texte de tentative de la part de Trotsky de semer la confusion et de le provoquer pour, dit-il, « dévier l'attention du public des accusations concrètes qu'on lui a faites de complicité avec la commission Dies et les impérialistes yankee et avec les traîtres et conspirateurs almazanistes ». Il assurait ensuite son indéfectible fidélité au P.C. et à l'I.C. C'est à peu près ce que son ami Valentin Campa, réintégré dans le P.C.M. dans l'intervalle, répétait inlassablement en 1979.