1940

Source : Œuvres, T. XXIII.

Article (T 4845) pour La Prensa, traduit du castillan.

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Léon Trotsky

Œuvres

Défi aux calomniateurs

14 mai 1940

La revue Futuro et le quotidien El Popular [1] donnent systématiquement et consciemment sur moi des informations de caractère calomnieux (préparation d’une grève générale, contre le gouvernement mexicain, liens avec Cedillo et un certain Dr Atl [2], participation à la campagne électorale et à la conspiration contre-révolutionnaire, etc.). Récemment, ils ont insisté sur mes rapports secrets avec la commission Dies [3], des États-Unis, « contre le peuple mexicain » (cf. El Popular, 13 mai).

Ce serait sans intérêt de démentir toutes ces accusations, parce qu’elles ne contiennent rien, ni faits concrets, ni même une calomnie formulée avec précision. En outre, après chaque réfutation de ma part avec des références précises à des documents, ces messieurs les accusateurs, sans rien changer, ont continué à répéter les mêmes accusations voire les accusations exactement inverses. (aujourd’hui « agent du fascisme », demain « agent des démocraties impérialistes » ). Je ne vais pas non plus me mettre à évaluer la moralité personnelle des « accusateurs » , hier lutteurs intrépides contre le fascisme, aujourd’hui ses avocats serviles. Ce n’est pas ce qui m’intéresse. Je crois néanmoins avoir le droit d’exiger de ces accusateurs publics des preuves qui soient également publiques.

Pendant les trois ans et demi de mon séjour au Mexique, j'ai souvent proposé à ces messieurs de présenter leurs « accusations » devant une commission impartiale, en vue d’une enquête publique. Je suis disposé à me présenter n’importe quand devant une telle commission, formée par les autorités mexicaines, le P.R.M. ou quelqu’autre institution d’autorités impartiales. Jusqu’à présent, je n’ai jamais reçu de réponse à cette proposition. Je le répète et je fais en même temps un pronostic : ces messieurs les accusateurs n’accepteront pas. Ils n’oseront pas accepter. Ils n’ont rien, ni faits, ni dates, ni même une accusation bien élaborée. Pour parler franchement, ils mentent, tout simplement parce que leur patron au Kremlin leur donne l’ordre de m’attaquer et chacun s’efforce de démontrer qu’il a moins de vergogne que l’autre.

Après la publication de cette proposition formelle que je fais ici pour la dernière fois, j’attendrai une réponse pendant 72 heures. Je crois que, ce temps écoulé, toute personne honorable aura le droit d’appeler ces gens de méprisables calomniateurs.

Notes

1

La revue et le quotidien mentionnés ici étaient tous deux publiés par la C.T.M., centrale syndicale dirigée par l’avocat et professeur Vicente Lombardo Toledano que Trotsky considérait comme un agent du G.P.U.

2

Gerardo Murillo, dit Dr Atl (1875-1964), peintre et poète, avait été le maître de Diego Rivera. Ancien révolutionnaire, il avait évolué vers le fascisme, se liant à Cedillo. Les staliniens avaient profité du passage de Trotsky et André Breton en 1938 à Morelia, sur la route de Patzcuaro. et d'une vague ressemblance physique entre lui et Breton pour lancer le bruit de cette « rencontre » (Œuvres, 19, p. 49). Le 13 décembre 1939, la presse quotidienne du Mexique avait publié quelques-unes des réflexions du Dr Atl sur le caractère « barbare, malhonnête et fanatique » de la Russie, « la haine asiatique de Trotsky et de toute la canaille » qui le suivait, etc. Il appelait à l’interdiction au Mexique du parti communiste et de la IV° Internationale, « les deux têtes du même animal » .

3

Martin Dies, député du Texas et président de la commission des activités non américaines de la Chambre des représentants qui se livrait aux E.U. à la chasse aux sorcières, avait invité Trotsky à donner son témoignage, puis retiré cette invitation.